Rameaux terrestres

et

Troncs célestes



Patrick Fermi

Image classique du coq

 

 

psychanalyse et ethnologie - anthropologie psychanalytique - ethnopsychanalyse - Géza Roheim


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Les calendriers chinois et vietnamiens sont fondés sur un cycle sexagésimal (60 ans) résultat d'associations entre 12 rameaux terrestres et 10 troncs célestes. Ces rameaux et ces troncs n'ont qu'une existence théorique. Ils sont le produit complexe d'observations astronomiques, de quelques faits empiriques, de cosmogonie et de la nécessité psychique et psychologique de mettre de l'ordre et du sens devant les données du réel. Il en est du même processus qui a conduit à imaginer le Zodiaque dont nous sommes plus familiers. Il est composé de constellations dont les existences ne sont que virtuelles puisque nées de processus perceptifs subjectifs même si les étoiles et les galaxies qui en constituent les "points" sont bien des "objets" réels [1].
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Il ne faut pas cependant penser que ces arbitraires des signes et des symboles soient sans intérêt ; bien au contraire, ils ont servi de repères tangibles et efficaces pour ordonner, "domestiquer" le monde, le temps, les saisons etc. Ils ont servi pendant "des siècles et des siècles" les besoins et les intérêts des agriculteurs, des nomades, des marins et des savants. L'arbitraire et l'imaginaire que nous avons pointés sont tout autant présents dans les écritures des lettres et des chiffres ou dans les sons des langues or, personne n'irait valablement contester les avantages de tels systèmes. Ajoutons que l'astronomie chinoise était la première à utiliser le pôle et le plan équatoriaux célestes, ce qui est aujourd'hui devenu le modèle universel.
 
Le début d'un cycle est toujours l'association du premier rameau terrestre (figuré par l'animal rat [2] ) et du premier des troncs célestes (figuré par un des 2 états possibles d'un élément - eau pour les Vietnamiens, bois pour les Chinois). Si l'on convient de nommer les rameaux par des lettres et les troncs par des chiffres, la première année d'un cycle est toujours A1, la seconde B2, etc.. La dernière année de la première phase sera nécessairement celle de L2, L étant la douzième lettre et les chiffres ayant déjà fini leur phase de 10. La seconde phase du cycle sera donc A3 et si l'on poursuivait ainsi la troisième phase débuterait par A5. Par ces processus, nous retrouverions A1 60 ans plus tard et non pas 120 comme on le croit spontanément en multipliant inconsidérément 12 par 10.
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Depuis 1984, nous sommes entrés dans le 78ème cycle après le début du comput (2637 av.-J.C.), cycle qui s'achèvera en 2044. Quelques uns contestent ces chiffres à 1 ou 2 unités près argumentant de décalages accumulés entre différents calendriers. Cette question n'est pas vraiment cruciale car de toutes les façons tous les calendriers ont été "manipulés" au cours de l'histoire, souvent pour des raisons politiques, quelquefois pour des raisons de progrès astronomiques. Nous verrons successivement les rameaux terrestres puis les troncs célestes.

Les 12 rameaux terrestres. Chacun d'eux possède un caractère originellement chinois mais :
Attention 1 ! Ces caractères sont identiques pour les Vietnamiens qui les ont intégrés comme caractères nôm [3] et donc, ne les prononcent pas comme les Chinois.
Attention 2 ! Ces caractères, hors du contexte calendrier, signifient d'autres choses et celles-ci n'ont rien à voir directement avec ces rameaux. Exemple : pour 2005, nous sommes au dixième rameau qui s'écrit 酉 . Ce signe veut habituellement dire amphore et n'a rien à voir avec le coq. copie interdite sans autorisation de l'auteur ou de l'association Geza Roheim

 1

2

3

4

 

5

6

7

8

9

10

11

12

 
Ces caractères sont écrits en pinyin et prononcés en chinois comme ci-dessous :

Chǒu

Yín

Mǎo

Chén

Wèi

Shēn

Yǒu

Hài

 

Ces caractères correspondent en français :   ( ! ils n'en sont pas une traduction ! )

rat

buffle

tigre

chat

dragon

serpent

cheval

chèvre

singe

coq

chien

cochon

 

Ces caractères sont écrits en quốc ngữ et prononcés en vietnamien traditionnel :

Sủu Dần Mẹo Thìn Tị Ngọ Mùi Thân Dậu Tuất Hợi

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Les troncs célestes.
Attention 3 ! Les remarques orthographiques et phonétiques que nous venons de faire pour les 12 rameaux terrestres sont complètement applicables aux 10 troncs célestes. En 2005, nous sommes au second tronc céleste qui s'écrit 乙, et hors de ce contexte signifie faucille.
Attention 4 ! Les troncs célestes sont à la fois associés au cycle yīn -yáng [阴 阳] (âm et dương en VN) et à la théorie des 5 éléments ou plus justement des cinq agents : le bois, l'eau, la terre, le métal, le feu.

 1 -

2 -

3 -

4 -

5 -

6 -

7 -

8 -

9 -

10 -

 
Ces caractères sont écrits en pinyin et prononcés en chinois comme ci-dessous :
 jiǎ bǐng dīng gēng xīn rén guǐ
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Associations des caractères avec le cycle yīn -yáng et la théorie des 5 éléments :

bois eau terre métal feu
+ - + - + - + - + -
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Ces caractères sont écrits en quốc ngữ et prononcés en vietnamien traditionnel :

giáp ất bính đinh mậu kỷ canh tân nhâm qúi
-- mais les associations vietnamiennes sont différentes des chinoises !! --
eau feu bois métal terre
naturelle à usage allumé latent  général allumé général façonné inculte cultivé

Les raisons éventuelles de l'ordre et du décalage des éléments vietnamiens avec les éléments chinois nous sont inconnues. L'ordre des éléments chinois eux-mêmes ne correspond pas aux cycles habituellement décrits : cycle d'engendrement = bois, feu, terre, métal, eau et cycle de destruction ou de maîtrise = bois, terre, eau, feu, métal.[en savoir plus]

« L’
eau donne naissance au bois mais elle détruit le feu ; le feu donne naissance à la terre mais il détruit le métal ; le métal donne naissance à l’eau mais il détruit le bois ; le bois donne naissance au feu mais il détruit la terre ; la terre donne naissance au métal mais elle détruit l’eau. » (écrit avec les couleurs qui leur sont attribuées)

Ainsi 2005 était en chinois l'année du coq de bois vert alors qu'en vietnamien il s'agissait plutôt de l'année du coq d'eau d'usage ... mais les influences du géant chinois sont telles...


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Notes

Fig.1 de L'astrologie - Paul Couderc - coll. Que-Sais-Je? [1] Avec quelque tolérance on peut concéder que les alignements dont Antarès est au centre pourraient constituer un Scorpion. C'est déjà plus difficile avec l'Ourse et des plus arbitraires avec la Vierge. Les personnes non averties en astronomie doivent aussi savoir que les points reliés représentent bien des étoiles mais celles-ci ne sont pas situées dans un plan plat mais dans un plan tridimensionnel (un volume). Elles ne sont donc pas à la même distance de notre oeil. Si nous pouvions les observer d'un point situé hors de notre système solaire, ces formes disparaîtraient mais notre perception se hâterait bien vite d'en construire de nouvelles. C'est sur ce principe que fonctionne le test projectif des taches d'encre de Rorschach utilisé en psychologie clinique. - retour -

[2] Une légende plus tardive que les calendriers raconte que l'ordre des animaux a dépendu de leur ordre d'arrivée devant le Bouddha. La primauté du rat reviendrait à sa ruse : il aurait sauté sur le dos du buffle puis devant ce dernier sur la "ligne d'arrivée". Le flegmatisme du cochon expliquerait sa dernière place. - retour -

[3] Les caractères nôm appartiennent à l'écriture dite Quốc âm, les sons du pays. Pourquoi ?  - parce que l'usage était de transcrire les mots de la langue vietnamienne (monosyllabiques) en s'appuyant sur la prononciation des caractères chinois. Par exemple le chiffre cinq, nam, étant perçu comme phonologiquement proche du chinois nán
, qui veut dire le sud, s'écrivait avec ce sinogramme collé au sinogramme de cinq, . On obtenait donc de cette façon : 南五 qu'on pouvait prononcer nam et comprendre cinq. Les Vietnamiens ayant adopté les caractères latins, l'écriture actuelle est dite quốc ngữ. Elle se distingue du français (ou de l'anglais etc.) par la présence d'accents et de signes particuliers qui traduisent les tons de la langue. Vous en avez des exemples représentatifs précisément sur les mots quốc ngữ. De plus, certaines lettres n'ont pas la même valeur phonétique qu'en français, pour ne donner qu'un seul exemple notre d se prononce "yeu" alors que son équivalent phonétique est đ ou Ð en majuscule. - retour -

[4] Il y a aurait beaucoup à dire sur l'utilisation même de l'expression théorie des éléments. Pourquoi ? Parce qu'il s'agit moins d'une théorie que d'un système de classification ou d'une sorte de grille d'interprétation. Si toutefois l'on convenait d'entendre théorie à un niveau de définition rudimentaire, par exemple comme une simple organisation fondée sur une ou deux idées générales, on serait encore trop approximatif car même dans cette acception on négligerait le fait qu'il en existe plusieurs versions et que ces dernières ont une chronologie et une histoire. Mais il est encore une autre donnée encore plus délicate : il ne s'agit pas d'éléments au sens de ceux de la théorie des éléments (rhizomata) d'Héraclite et surtout d'Empédocle ou, pour le dire autrement, au sens de constituants, d'ingrédients d'un objet composite. L'expression chinoise est wǔxíng
五行. Si est simplement 5, il n'en est pas ainsi de xíng qui veut dire "marcher" et dans un sens plus général renvoie à des actions. Par exemple en association d'autres mots, on traduit 奉行 : fèngxíng comme "poursuivre", 执行 : zhíxíng comme "appliquer, exécuter", 实行 shíxíng comme "mettre en œuvre, appliquer, exécuter". On pourrait multiplier les exemples mais on y retrouverait toujours de l'action, de l'agir, c'est à dire un aspect dynamique absent de la traduction par éléments. Comme le note Anne Cheng (Histoire de la pensée chinoise :243) à la suite des auteurs les plus compétents, la notion de wǔxíng, qu'elle traduit par "cinq agents" apparaît d'abord dans un chapitre du Livre (ou Classique) des Documents ( shūjīng : 書經) vers le IVe siècle av. J.-C. Un ou deux siècles plus tard, notamment sous l'influence de Zou Yan, le wǔxíng est associé aux souffles primordiaux, le yīn et le yáng, et la notion de cinq agents s'élargit à celle de cinq phases devenant cycle de conquête et précédant selon toute vraisemblance la notion de cycle d'engendrement. Les combinaisons avec les saisons, les points cardinaux, les dynasties etc. contribueront à achever ces tableaux de correspondances donnés aujourd'hui comme surgissant d'une antique sagesse alors qu'ils sont le résultat d'influences diverses étalées sur plusieurs siècles. - retour



© Association Géza Róheim - Fermi Patrick - 17 septembre 98.spacemercredi 18 janvier 2012