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Préliminaires avant
la lecture du texte
Le
nouvel an vietnamien correspond globalement au nouvel an chinois
mais il en diffère cependant sur quelques points. Le nouvel an
vietnamien présente aussi des traits qui lui sont propres. Il n'est
pas inutile de préciser cela car depuis quelques années les mass
media occidentaux manifestent de l'intérêt pour "un nouvel an
chinois" gommant tous les particularismes et associant cette
fête à une astrologie à quatre-sous étalée dans les journaux et
magazines dits "grand public". La multiplicité des
inexactitudes et les simplifications sont si importantes qu'il est
devenu difficile d'en corriger les fourvoiements. Notons enfin que le
texte à venir néglige certaines singularités régionales et ne
concerne que la société Việt (ou Kinh), "ethnie"
majoritaire parmi les 54 que compte le Việt Nam. S'agissant
d'une fête traditionnelle, le lecteur vietnamophone ne devra pas
être surpris de la présence de certains mots sino-vietnamiens et
de leurs transcriptions en caractères hán-việt, quelquefois
nôm, car c'est
ainsi qu'ils apparaissent dans les images et les sentences durant
cette fête. Pour la même raison, le lecteur
connaissant le chinois ne devra pas être étonné de constater que
certains caractères n'ont pas la même signification en vietnamien
et en chinois. Enfin le lecteur ignorant les spécificités du
vietnamien consultera cette note.
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Sommaire et pages en
liens sur le Tết nguyên đán |

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en savoir plus 
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compléments  |
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Lễ
tết nguyên đán [ 禮 節 元
旦 ]
introduction
Autour du calendrier
Le lễ
tết nguyên đán, plus généralement connu sous le nom
abrégé de Tết (ou tết cả ), peut
être traduit par la fête de la saison première de l'année [N1]. Il s'agit d'une fête
comparable à celle du nouvel an occidental mais, ceci expliquant le
décalage, dans un calendrier luni-solaire. Ce dernier comprend douze
lunaisons (355 jours) et un mois intercalaire (tháng nhuận)
ajouté tous les trois ans environ pour "rattraper" l'écart
avec l'année solaire. Aujourd'hui, ce calendrier a aménagé des
relations de compatibilité avec le calendrier grégorien mais
traditionnellement il se référait au calendrier chinois qui
commençait en 2637 avant notre comput. Ainsi 2005 correspondrait à
4642 mais en réalité des modifications ayant été apportées au
cours de l'histoire, les Chinois estiment qu'ils sont en 4702,
quelques uns estiment 4703. La question préliminaire à tous ces
différends tient à la considération du point de départ, c'est à
dire à la première année du règne de l'Empereur
Jaune, Huángdì, 黄帝, (Hoàng
Đế en vietnamien)
souverain
mythique (?) considéré comme l’un des fondateurs de la
civilisation chinoise [Na]. Quoiqu'il en
soit la Chine a aussi adopté le calendrier grégorien en 1912. Pour
2005, la nouvelle année commence le 9ème jour du 2ème
mois (nouvelle lune de février), l'équivalent vietnamien s'exprimant
comme ngày 1 tháng 1 năm 2005.
En
parallèle avec la tradition chinoise, chaque année s'inscrit dans un
calendrier classificatoire marqué par des animaux et par des
éléments. La complexité apparente de cette classification tient au
fait qu'il y a douze animaux et cinq éléments (bois, feu,
terre, métal, eau), éléments qui sont doublés
suite à une déclinaison bi-polaire, ainsi en vietnamien : eau
naturelle et eau d'usage, feu allumé et feu
latent, bois en général et bois allumé, métal
en général et métal façonné, terre inculte et terre
cultivée. Ces différences font que cette nouvelle année est
l'ère du coq de bois pour les Chinois alors qu'il s'agit du coq
d'eau d'usage pour les Vietnamiens, ất dậu,
signifié par 乙酉. Les caractères précédents sont bien
compris en cette circonstance comme coq de bois (CH) ou coq d'eau d'usage
(VN) mais à vrai dire
ils ne représentent pas les animaux et les éléments concernés. En
effet, en sino-vietnamien, le coq ou la poule habituels s'écrivent
鷄 et se disent kê (gà en VN et jī en CH). 乙 représente en
réalité le 2ème des 10 troncs célestes (thập cạn)
et 酉 est le 10ème des 12 rameaux terrestres (thập
nhị chi) , étant entendu que ces différents rameaux sont
symbolisés par des animaux et par des éléments. Cliquez ici pour des explications détaillées.
Il est inexact et
dommageable de nommer astrologie cette classification : il ne s'agit
en aucune manière d'influences astrales mais de correspondances de
certaines qualités avec certains états. En termes plus savants, on a
pu parler de correspondances micro-macroscosmiques. L'univers
se conçoit à l'aide d'un modèle théorique composé de cinq parties
comprenant chacune une forme possible de la totalité des états et
des objets du monde : par exemple sont associés des saisons, des
astres, des couleurs, des organes, des climats, des saveurs, des
éléments, des animaux, des végétaux etc. Le lecteur pourra s'en
faire une idée en cliquant ici. [ ouverture dans une fenêtre popup ]
L'ensemble
de ces correspondances se situe dans des mouvements cycliques
alternatifs (micro et macro-temporels) : ainsi le rat
représente-t-il autant le premier rameau terrestre 子 ( trad. fils, pépin),
que la première année d'un cycle de 60 ans, que la première partie
du jour (de minuit vers 2 heures du matin) etc. Les 60 années
s'expliquent par le fait qu'il faut attendre 60 ans pour retrouver une
association identique entre un des 12 rameaux terrestres donné et un
des 10 troncs célestes. Le tableau suivant donne les attributs des
années, de 1981 à 2016.
| rameaux terrestres |
troncs célestes |
années |
(suite 1) |
(suite 2) |
| Dậu |
酉 |
coq |
tân |
辛 |
81 |
coq |
qúi |
93 |
coq |
ất |
05 |
| Tuất |
戌 |
chien |
nhâm |
壬 |
82 |
chien |
giáp |
94 |
chien |
bính |
06 |
| Hợi |
亥 |
cochon |
qúi |
癸 |
83 |
cochon |
ất |
95 |
cochon |
đinh |
07 |
| Tý |
子 |
rat |
giáp |
甲 |
84 |
rat |
bính |
96 |
rat |
mậu |
08 |
| Sủu |
丑 |
buffle |
ất |
乙 |
85 |
buffle |
đinh |
97 |
buffle |
kỷ |
09 |
| Dần |
寅 |
tigre |
bính |
丙 |
86 |
tigre |
mậu |
98 |
tigre |
canh |
10 |
| Mẹo |
卯 |
chat |
đinh |
丁 |
87 |
chat |
kỷ |
99 |
chat |
tân |
11 |
| Thìn |
辰 |
dragon |
mậu |
戊 |
88 |
dragon |
canh |
00 |
dragon nhâm thìn |
12 |
| Tị |
巳 |
serpent |
kỷ |
己 |
89 |
serpent |
tân |
01 |
serpent |
qúi |
13 |
| Ngọ |
午 |
cheval |
canh |
庚 |
90 |
cheval |
nhâm |
02 |
cheval |
giáp |
14 |
| Mùi |
未 |
chèvre |
tân |
辛 |
91 |
chèvre |
qúi |
03 |
chèvre |
ất |
15 |
| Thân |
申 |
singe |
nhâm |
壬 |
92 |
singe |
giáp |
04 |
singe |
bính |
16 |
Le déroulement du Tết nguyên đán
a/ le culte du génie du foyer :
Cúng ông Táo
 Le Tết
lui-même débute réellement à la mi-nuit séparant le dernier jour
lunaire du premier jour du premier mois mais en réalité les
préliminaires commencent 7 jours plus tôt, le 23ème jour du 12ème
et dernier mois lunaire. Ce jour là a lieu le culte du génie du
Foyer, Táo Quân, [竈君] dont
le moment fondamental est son départ pour le Ciel. Selon son nom plus
familier, Ông Táo, tel un comptable, va faire un rapport de
la vie de la maison au fameux Empereur de Jade, divinité centrale du
taoïsme, que les Vietnamiens nomment Ngọc Hoàng [玉
皇] et plus communément ông Trời (Monsieur le
Ciel). Ce rapport modifie le destin, prolonge ou abrège la vie
selon les mérites. Cette absence durera six jours, le génie
retournant précisément dans les foyers dans la nuit séparant
l'ancienne et la nouvelle année, au moment du giao thừa
(voir plus loin). Comme le rappelle l'écrivain Hữu Ngọc le temps de ces fêtes est
d'abord celui d'un « peuple de paysans attaché depuis des
millénaires à la terre [..] dans le rythme des saisons, il
marque un temps de pause durant lequel la rizière et le cultivateur
goûtent la joie du repos complet après douze lunes de travail.
» [N2] Cette semaine
sans génie, "où rien ne se passe", symbolise aussi le
temps "mort" de l'hiver, le dernier repli avant le réveil.
D'une certaine manière, ce départ du génie représente une forme de
vacance de la conscience morale ou pour le moins d'une partie de
celle-ci.[N3]
Ông
Táo, bien que souvent représenté comme une figure unique, est
en réalité une triade dont la légende est connue de tous les
Vietnamiens. Il en existe plusieurs versions mais la structure commune
peut se résumer ainsi : une nécessité (pauvreté - maladie etc.)
conduit un couple à se séparer, l'un des deux
part et erre suffisamment longtemps pour que l'épouse se pense libre
et se remarie, un jour, par hasard, l'épouse et son premier mari se
retrouvent, pour l'un et l'autre il s'agit d'un grand choc entraînant
en cascade les morts (par accidents ou suicides) du premier mari , de
la femme, du second mari. Le feu est le plus souvent l'instrument de
la mort. Le Souverain du Ciel, ému de ces sacrifices, leur conféra
alors une unité posthume en les déclarant génies du Foyer. Les
éléments de cette triade sont relativement variables : Ông Táo
est aussi parfois nommé Thổ Công [土公]
glissant ainsi de génie de la cuisine à génie du sol ou
de la terre mais il est alors pratiquement superposable à l'autre
génie de la triade, Thổ địa [土地],
génie du sol (en chinois 土地 tǔdì
est encore la terre, le sol) et cela est sans
compter sur leur compagne (et épouse) Thổ kỳ, elle aussi génie de la terre. Cette
histoire se matérialise dans la présence des trois pierres ou
briques servant de support au feu de la cuisine. Vous pourrez
consulter ici quelques versions complètes. [ ouverture dans une autre fenêtre ] Cette cérémonie au génie du Foyer est en grande
partie organisée autour du départ de Ông Táo pour le Ciel.
Ainsi à cette occasion on lui sacrifiera une carpe (cá
chép) devant lui servir de moyen de transport pour son
voyage, carpe qui dans certaines légendes se transforme en dragon
lors d'un passage particulier entre la Terre et le Ciel [N4]. Une tradition offre même deux
carpes, une pour l'aller et une autre pour le retour. Il en est de
même de leurs destins : lâchées dans la rivière après la
cérémonie ou bien préparées et placées sur l'autel. Sur ce
dernier, on peut aussi trouver le nécessaire à un voyageur : provisions
de bouche, argent et or (fictifs), vêtements en papier
dont trois chapeaux emboîtés avec des "ailes de
libellule" (rappel de cette trinité de génies), une paire de
bottes mais, fait curieux et sans explication connue, sans
pantalon. C'est ce que rappelle ce précepte : « Đội
mũ, đi hia, chẳng mặc quần. » ( Porter
le chapeau, mettre les souliers, mais pas de pantalon.). Il arrive
que "la monture carpe" soit secondée, voire
remplacée par une cigogne, Cò bay, ou par un
cheval rapide, Ngựa chạy. Ông Táo
est aussi chargé de transporter divers papiers votifs. [ ouverture dans un popup ]
La
fête du Táo Quân inaugure véritablement cette semaine de
préparatifs au Tết lui-même : « Les activités battent son
plein à partir du 23 lunaire. Dans les rues principales de chaque
ville, s'installent des marchés où on y vend des pastèques, des
fruits confis, des légumes, de l'épicerie, des vêtements pour
enfants, des pétards au mètre et surtout des fleurs vendues en
conteneur (chrysanthème, dahlia, rosier, kum quat..) sans oublier les
branches de prunus ou d'abricotier jaune en fleur. Par tradition, les
gens du Nord fleurissent leur intérieur avec des branches de prunus, anh
đào, de couleur rouge ou rose et les gens du Sud et du
Centre avec une variété d'abricotier jaune appelé mai
(abricotier) ou blanche, bạch mai ( bạch
= trắng = blanche) ou quelquefois avec des
branches de prunus de Đạ Lạt.
» [N5]
Parmi les branches de fruitiers en
fleurs, une place particulière peut être donnée à la branche de
pêcher. En effet, au-delà des aspects esthétique et symbolique du
renouveau, le pêcher est au cœur d'une constellation imaginaire
particulièrement riche. Son fruit est un symbole classique de
longévité que l'on retrouve dans les représentations imagées de la
fameuse triade phúc, lộc, thọ, dans
laquelle le vieillard au front bombé représentant la longévité
tient une pêche mais il était bien connu autrefois que « chaque
maison devait apposer contre sa porte deux planchettes de pêcher sur
lesquelles seraient dessinées les images terrifiantes des génies Thần
dô ( plus souvent appelé Thần trà :
神茶 ) et Uất lũy ( 鬱
壘) : ces planchettes s'appelaient đào phù (le
talisman en bois de pêcher).» [N6]
Thần trà et Uất lũy étaient deux
frères "chasseurs de démons" qui résidaient avec leurs
troupes sous un pêcher du mont Độ sóc. Ils avaient
la capacité magique de voir les démons même en plein jour, de
pouvoir attacher les plus dangereux avec des liens en jonc et de les
donner à des tigres afin que ces derniers les dévorent. « Le
Ciel leur confia la mission de se poster devant les maisons,
principalement au moment du Tết, et d'arrêter au passage les
démons qui se présenteraient. Ils étaient si redoutés de ceux-ci
qu'il suffisait de représenter l'image de ces génies avec des traits
grimaçants sur des feuilles de papier rouge pour que les
indésirables démons à cette vue prissent peur à jamais ! » [N6] Les planchettes de
pêcher originelles auraient donc été ensuite remplacées par des
bandes de papier, coutume inscrite vraisemblablement dans le cadre
plus général des usages de l'écriture sous forme de sentences,
talismans, images protectrices et/ou attirant la chance, le bonheur
etc. La période du Tết voit une véritable explosion de ces
usages. Voir la page réservée aux images
populaires, sentences et idéogrammes.
Dans quelques régions, mais surtout dans les
campagnes, cette semaine de préparatifs au Tết inaugurée par
la fête du Táo Quân s'achève le 30e jour du
dernier mois lunaire par l'érection devant les maisons d'une grande
perche de bambou, le cây nêu : « .. on coupe un grand
bambou pour en faire un mât ; on tresse trois
touffes de chaume et on attache des sapèques de papier doré. Ou bien
on fixe à la porte cochère une branche de banian et des feuilles
d'ananas. On saupoudre également la cour d'entrée de chaux en
poudre, avec laquelle on dessine un échiquier, un arc, une arbalète
etc. tout cela dans le but d'éloigner les démons de crainte
qu'ils ne viennent nous créer des ennuis. » [N7] Cette édification supporte quelques
variations. Ainsi on peut juxtaposer à la description précédente de
M. Phan kế bính celle de M. Huynh-van-Pham : « A
son extrémité flexible, où adhèrent encore quelques feuilles, est
attaché un cerceau auquel sont accrochés, par des ficelles, des
morceaux d'étoffe rouge, une touffe de plumes de coq, une lanterne en
papier qu'on allume à la tombée de la nuit, des carpes et des Khanh
en faïence. » [N8] Les khanh sont de petites plaques qui
constituent un des attributs de la religion bouddhiste. Il ne fait
guère de doutes que l'interprétation consistant à penser que le cây
nêu vise à éloigner les mauvaises influences soit adéquate
mais, comme le soutient Nguyễn Văn Huyên, cette perche de bambou sert de repère pour le
retour imminent des ancêtres et vraisemblablement encore pour celui
du génie du foyer Ông Táo. Il existe enfin une légende
bouddhiste dans laquelle le cây nêu apparaît comme une prescription du Bouddha [N9] suite à un épisode singulier entre lui et
des démons. Dans cette histoire Bouddha considérant la misère des
Vietnamiens leur rendit visite; A peine posa-t-il le pied sur le sol
du Việt Nam que les démons l'encerclèrent et l'empêchèrent
d'avancer. Il déclara vouloir acheter une parcelle de terre. Devant
leur refus, le Bouddha fit surgir quantité de richesses, or, bijoux,
diamants, et proposa d'acheter avec tout cela ce que recouvrirait sa
tunique. Les démons trouvèrent intéressant le marché et
l'acceptèrent mais grande fut leur déconvenue lorsqu'ils
s'aperçurent que les pouvoirs de Bouddha permirent à sa tunique de
s'étendre indéfiniment vers les horizons. Les démons durent tenir
leur promesse pendant que Bouddha assura sa protection aux Vietnamiens
mais leur demanda de planter chaque année une perche de bambou comme
marque de son pouvoir et de sa protection au moment où ils
recevraient leurs ancêtres et célébreraient le retour du génie du
foyer. Ce serait là une interprétation bouddhiste de l'existence du cây
nêu venant historiquement recouvrir des pratiques plus anciennes.
Généralement le cây nêu restera érigé une semaine. Avec
la plantation de la perche de bambou, nous sommes arrivés à la
veille du Tết ; les maisons ont été nettoyées, les
sentences sont accrochées, les pétards, les cadeaux et les
victuailles ont été achetées, tout est prêt pour commencer la
veillée, recevoir les ancêtres et entrer dans la nouvelle année.

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