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histoires de familles de trois voyageurs installés à blanquefort

 

 recueillies par Odile Reveyrand-Coulon

 

 

Histoires de familles de trois voyageurs installés à Blanquefort Présentation - Patrick Fermi

Le titre de ce petit livre édité par ADAV 33 - Association Départementale les Amis des Voyageurs de la Gironde - est explicite si l'on sait que la désignation de voyageurs concerne les Gens du voyage et que Blanquefort est une commune girondine de l'aire urbaine de Bordeaux. Le recueil de ces récits organisé par Odile Reveyrand-Coulon, Maître de conférence à l'Université de Bordeaux2, est le fruit d'une collaboration associant à des degrés divers Hélène Beaupère, directrice de l'ADAV, Axel Redon, étudiant en psychologie interculturelle, des travailleurs sociaux et bien entendu les familles elles-mêmes. Il est des groupes humains que l'on connaît presque exclusivement au niveau d'un ensemble, ensemble le plus souvent d'ailleurs créé idéologiquement selon des données historiques, linguistiques, ethnologiques etc. plus ou moins incertaines ou contestables. On me permettra de renvoyer ici à une notion dont j'ai parlé sur ce site, celle de concrimination. Il faudrait se souvenir de la surprise provoquée en 1985 par le livre Au cœur de l'ethnie, analyse contestant la vision dite essentialiste de la notion d'ethnie dont les conclusions peuvent être appliquées au-delà de l'Afrique. Cela dit, l'étonnement passé, les média ont vite oublié les démonstrations des auteurs de ce travail, Amselle et M'Bokolo.[1] .

 

Ces Histoires de familles de trois voyageurs, en donnant la parole et en exposant des vies de femmes et d'hommes singuliers, ont le mérite de révéler des Sujets que la majorité des approches diluent dans des ensembles concriminants, tels Manouches, Gitans, Roms, Tsiganes, Bohémiens, Yéniches [2]. Il ne doit pas y avoir de malentendus, mes remarques ne visent pas à déconsidérer les approches globales mais à relativiser les interprétations qui en ressortent. Bien évidemment, et à l'inverse, les paroles singulières sont insuffisantes à légitimer leurs points de vues sur les ensembles eux-mêmes auxquels elles pourraient se référer. Néanmoins le point de vue du dit Navir sur la question Mais d'où venons-nous ? (p. 67) paraît plus pertinent que ceux de quelques spécialistes sur le même sujet. Lorsque Johnny rappelle que tous les hommes de sa famille ont été soldats durant la guerre 14-18, et d'autres encore en Algérie, il balaye l'idée répandue d'une communauté en marge de l'histoire de France. Quand Marie-Chantal dite Gogo témoigne de son histoire familiale, les émotions qui ponctuent son récit corrigent un grand nombre de lieux communs, ou encore, sa nostalgie de la caravane peut nous questionner en retour, à nous gadjé, sur notre ambivalence à la sédentarité. [3]

 

Je sais bien que ce n'était pas un objectif de ce livre mais il n'empêche que j'aurais aimé savoir d'où vient la désignation de Voyageur même si les acteurs de ces récits semblent se l'être appropriée. On pressent en effet que derrière l'usage du terme se jouent des mouvements de contre-transfert culturel bien plus complexes et ambivalents que ne laisse supposer sa représentation commune.

 

Patrick Fermi - janvier 2014

 


Cet ouvrage a été publié par ADAV 33 -- 91, rue de la République, 33400 TALENCE

Tél. 05.56.04.13.75 - Fax 05.56.84.95.18 -- Email : amis.voyageurs@wanadoo.fr

SSon prix habituel est de 10 euros -


 

Quatrième de couverture

Le relogement de trente familles de Gens du Voyage sédentarisés sur la commune de Blanquefort en Gironde, et le passage d'un habitat précaire et indigne à un habitat décent, inclus dans l'espace social et communal, est le résultat d'un travail partenarial étroit.

Parmi ces familles, trois personnes nous livrent leur témoignage et nous parlent de ce qui fait sens pour elles d'appartenir au monde des gens du Voyage.

Cet ouvrage est un pas vers une meilleure connaissance de l'autre, vers sa reconnaissance, au-delà des représentations souvent véhiculées.

Trois récits viennent nous dire qu'au cœur d'une démarche de relogement de Gens du Voyage sédentarisés, ce sont des personnes, des familles, avec leur histoire singulière, ainsi que celle du groupe auquel elles appartiennent, qui sont à prendre en compte et à accompagner.


 

Notes et ouvrages cités

[1] Amselle (J-L), M'Bokolo (E), Au cœur de l'ethnie. Ethnicité, tribalisme et État en Afrique, La Découverte, 1985 - retour -

[2] La liste n'est pas exhaustive. Dans l'espace francophone, les occurrences des termes sont très variables dans le temps ; ainsi Bohémien a connu son acmé vers 1850 et ne cesse de diminuer depuis 1940 ; au contraire, l'occurrence de Yéniche est en progression, tout au moins dans des travaux spécialisés. - retour -

[3] On finit par oublier que la connotation péjorative associée au terme de manant s'origine dans le mépris affiché pour le propriétaire d'un manoir, l'homme qui reste sur place (manebat), trop attaché à son confort et à ses terres pour oser "sortir de son trou". Un anthropologue extraterrestre remarquerait bien vite qu'en France, le nombre de campeurs, caravaniers et assimilés avoisine les 7 millions, ce qui signifie (même s'il s'agit d'un contexte particulier) que chaque année une population 14 fois supérieure à celle estimée des Gens du voyage abandonne provisoirement sa sédentarité. - retour - -

 


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© Association Géza Róheim - Fermi Patrick - 17 septembre 1998.spacejanvier 2014