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12/11/08
 
 

Cette page est un supplément à : Écritures vietnamiennes.

 





Écriture et  caractères nôm

- Généralités -



«Le nôm est un système de transcription des mots viêtnamiens au moyen de caractères chinois simples ou combinés entre eux pour noter le son d'un mot viêtnamien ou le sens et le son d'un mot viêtnamien.»

 P. Huard, M. Durand, Connaissance du Việt-Nam, p. 267




Une longue histoire


C’est quasiment au moment de sa disparition au début du XXe que le corpus de caractères et la littérature nôm avaient atteint un degré d’autonomie manifeste d’avec le chinois. Certains prétendent que le premier texte nôm connu (en 1076, sous la Dynastie des Lý) est gravé sur la cloche de la pagode Vân Bản, de Đồ Sơn (Hải Phòng), aujourd’hui au Musée d’Histoire du Việt Nam, d’autres considèrent qu’il s’agit d’une inscription datée de 1209 sur une stèle de la pagode Báo Ân (Hà Nội). Quoiqu’il en soit l’usage du nôm concernait principalement les noms de lieux et de personnes. Il fut utilisé plus couramment et de façon littéraire à partir du XIVe siècle mais sa généralisation comme langue administrative fut seulement sous la courte Dynastie des Tây Son. Ce fut aussi sa période classique notamment avec l’écrivain national Nguyễn Du, auteur du classique Kim Vân Kiều. Une tentative de standardisation de l'écriture nôm fut amorcée dans la seconde moitié du XIXe siècle par Nguyễn Trường Tộ mais elle ne reçut pas l'approbation de l'empereur Tự Đức.
L’élaboration du corpus de caractères nôm s’est donc étendue sur plusieurs siècles, c’est dire les difficultés pour reconnaître ce qui a été emprunté, assimilé, intégré, inventé etc. De plus, langue et écriture sont dans des rapports dialectiques complexes. On ne peut cacher qu’à l’intérieur même des phénomènes d’acculturation les problèmes de construction de l’identité nationale et culturelle ont (et continuent) d’influencer les approches historiques et scientifiques. A défaut d’une objectivité idéale, on doit se contenter de recenser et de catégoriser les processus mis en œuvre dans cette élaboration. Dans ce qui suit, j’emprunterai largement à des exemples qui m’ont été donnés par le professeur Philippe Langlet que je ne saurais trop remercier de l'attention qu'il a portée à mon texte sur les écritures vietnamiennes.

On pourrait ajouter quelques autres cas de figures que ceux que nous allons entrevoir mais ce ne sont globalement que des variations et/ou des combinaisons de ceux-ci. [en savoir plus]

1. – emprunt direct : c’est le cas de , guān en chinois (mandarin, fonctionnaire) et quan en sino-vietnamien.
2. - emprunt avec un double sens : , āi en chinois (poussière), ai en vietnamien mais, soit avec le sens de poussière, soit pour signifier celui (qui). Dans le premier cas, il s’agit de sino-vietnamien alors que dans le dernier cas devient un caractère démotique (nôm) incompréhensible pour un Chinois.
3. - Création d’un caractère par emprunts d’une racine sémantique chinoise et d’un autre caractère pour la phonétique vietnamienne. Dans cette catégorie, j’ai précédemment donné l’exemple de la montagne, celui de l’eau qui va suivre est comparable. Ayant emprunté le caractère chinois , qui se prononce shuǐ, les Vietnamiens l’ont vocalisé thủy qui, de ce fait, devient le terme sino-vietnamien pour l’eau. Mais le terme proprement vietnamien étant nước, il fallait inventer un nouveau caractère. Cela s’est donc effectué en associant celui de l’eau pour donner le sens et qui se dit ruò en chinois afin de rappeler le « son » de nhước.

( dont la forme réduite est )  +    = 

est donc un caractère nôm dont le sens est inconnu d’un Chinois même si ce dernier y reconnaît la clé [1] de l’eau et le caractère qui pour lui signifie : si (conjonction).

Philippe Langlet résume très clairement cela : « On peut appeler un texte chữ nôm quand ces différentes solutions se présentent. Mais si on parle d’un seul caractère entre les autres, on dit plutôt sino-vietnamien, hán-việt, c'est-à-dire chinois assimilés et prononcés en vietnamien ; et d’autre part nôm pour les caractères inventés que les Chinois ne comprennent pas ou considèrent comme des fautes. »


Début du Kim Van Kieu

Trăm năm, trong cõi người ta

Chữ tài, chữ mệnh, khéo là ghét nhau

Trải qua một cuộc bể dâu

Những điều trông thấy mà đau đớn lòng

Lạ gì bỉ sắc, tư phong

Trời xanh quen thói má hồng đánh ghen

Les six premiers vers du Kim Vân Kiều, initialement titré « Đoạn Trường Tân Thanh », 斷腸新聲, littéralement nouvelles voix de la douleur. Les éditions vietnamiennes actuelles titrent le plus souvent Truyện Kiều, intitulé déjà ancien (傳翹) qui signifie Histoire de Kiều, du nom de l’héroïne.

Cent années, dans les limites du temps de l’existence humaine,
le talent et le destin n’ont de cesse que de se contrecarrer ;
avec mon expérience, traversant le temps que des étendues d’eau deviennent champs de mûriers et réciproquement,
toujours, ce que j’ai vu, a fait souffrir mon cœur,
Ce n’est pas surprenant que misère ici et richesse là ne se compensent (et),
que le ciel bleu ait l’habitude de jalouser les joues roses.

Synthèse personnelle de plusieurs traductions en essayant de rester au plus près du texte nôm.


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Notes et références


[en savoir plus] Le lecteur désireux d'approfondir ces questions pourra consulter :

* Nguyên Phú Phong, A propos du Nôm, écriture démotique vietnamienne, Cahiers de Linguistique – Asie Orientale, Année 1978, Volume 4, Numéro 1, p. 43 - 55. Cet article très spécialisé est en outre consultable gratuitement en ligne sur le site www.persee.fr

Plan de cet article :

  • 1. Origine du nôm

  • 2. Formation du nôm
    • 2.1. Les caractères simples
    • 2.2. Les caractères complexes
  • 3. Confusion et signes diacritiques
  • 4. Le nôm comme témoignage d'un certain phonétisme
    • 4.1. Trace des groupes consonantiques
    • 4.2. Témoignage des mutations consonantiques
  • 5. Conclusion

* Nguyễn Văn Huyên (1944), La civilisation ancienne du Vietnam, Hanoi, Thế Giới, 1994, (p.286-287 relativement aux 6 espèces de formation des caractères nôm dans un chapitre sur la littérature)

*
Lê Thành Khôi, Voyage dans les cultures du Viêt Nam, Paris, publié par Assoc. Horizons du Monde, 2001, p.160 et suiv. (quelques pages synthétiques sur la littérature classique) --- retour -


[1] On convient généralement de dénombrer 214 clés. Une clé ou radical est un caractère en soi mais associé à d’autres caractères il indique souvent le champ sémantique du caractère qui le contient. Les exemples suivants sont chinois. Ainsi, , kǒu, veut dire bouche mais en tant que clé on le retrouve dans les sinogrammes qui ont un certain rapport avec la bouche : chī: manger, xī: aspirer, hē / hè: boire / crier très fort, chàng: chanter, tīng: écouter, wěn: baiser etc. Un radical peut avoir d’autres utilisations, ainsi dans 口水 kǒushuǐ, il renvoie à salive, c’est à dire l’eau de la bouche, mais ici il n’a pas la fonction de clé. Les clés ont une fonction essentielle dans le classement et donc la recherche dans les dictionnaires. - retour -

 

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