Association Geza Roheim

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Avicenne l'andalouse - M.R. MoroAu fil des années, Marie Rose Moro s'est imposée comme une figure incontournable de la psychiatrie et de la psychothérapie transculturelles. Dans la lignée de Tobie Nathan, créateur d'une consultation ethnopsychiatrique dans le service de Serge Lebovici à l'hôpital Avicenne, Marie Rose Moro poursuit cette approche clinique auprès des migrants. Elle le fait en affirmant aussi ses différences : « L'esprit d'Avicenne m'a happée et me voilà aujourd'hui dans la nécessité de le réinventer et de le transmettre à mon tour en le modifiant encore un peu pour qu'il intègre davantage les problématiques de la seconde génération, c'est à dire celle des métissages et l'évolution du contexte migratoire.» (p.19) Pour réaliser cette tâche, Marie Rose a bien entendu été attentive aux expériences et aux savoirs de ceux qui l'ont précédée mais elle a aussi puisé dans l'histoire de sa vie. On peut imaginer que c'est cela, autant et sinon plus que sa double formation en psychiatrie et en psychologie, qui est à l'origine de ses compétences et du dynamisme dont elle fait preuve pour diffuser et faire connaître cette approche transculturelle. Sa vie, Marie Rose en parle directement dans ce livre mais encore plus encore en donnant la parole à son père, Isidoro Moro Gomez, qui raconte sa Castille natale et son trajet de migrant. Son énergie à promouvoir cette clinique s'est d'abord manifestée dans sa participation à la défunte Nouvelle Revue d'Ethnopsychiatrie, puis dans la revue L'autre qu'elle a créée en 2000. En même temps, Marie Rose Moro a publié de très nombreux articles et livres dont le très remarqué Parents en exil. Psychopathologie et migration réédité en 2002 pour la troisième fois.

Avicenne l'andalouse, sous titrée Devenir psychothérapeute en situation transculturelle, est un livre collectif auquel ont participé de nombreux collaborateurs et témoins de la consultation d'Avicenne :Tahar Abbal, Ameziane Abdelhak, Taieb Ferradji, François Giraud, Felicia Heidenreich, Isam Idris, Kouakou Kouassi, Isabelle Réal, Anne Révah-Lévy. Chacun d'eux, en quelques pages, y décrit ses expériences avec sa propre sensibilité et parfois avec beaucoup d'émotions. Ce livre n'est pas réellement une histoire de la consultation d'Avicenne mais comme l'écrit Claire Mestre « C’est un ouvrage de tissage avec comme fils colorés des voix d’hommes et de femmes et comme trame forte l’exil. » Nous recommandons d'ailleurs son excellent compte-rendu consultable sur le site de l'Association Internationale d'EthnoPsychanalyse à partir de la rubrique Librairie transculturelle.

Comme nous venons de le dire, Avicenne l'andalouse n'est pas un exposé historique mais nous aurions cependant apprécié qu'il fut fait une part plus importante à l'apport de Tobie Nathan dans la création de cette consultation. Nous-mêmes, ne partageons pas sans beaucoup de réserves les derniers développements de Nathan mais au regard des violentes attaques, le plus souvent injustes et quelquefois diffamatoires, dont il est la cible depuis quelques années, il eût été fondé de lui donner une place plus conséquente dans cette présentation d'Avicenne.
Nous adhérons complètement à l'idée de Marie Rose Moro soulignant la richesse de la diversité et des différences. Nous comprenons l'intérêt et la générosité qui accompagnent sa promotion du métissage mais nous sommes néanmoins circonspects sur l'usage médiatique de cette notion. En effet, à moins d'en définir précisément le sens  - ou un sens particulier comme le fait François Laplantine depuis quelques années - la notion de métissage est à double tranchant car elle peut aussi véhiculer dans l'esprit du citoyen lambda l'idée qu'il existerait des races ou des cultures qui ne le seraient pas.

Note : Rappelons qu'Avicenne est le nom latinisé de Abu ‘Ali al-Husayn Ibn ‘Abd Allah Ibn Sina, plus communément, Ibn Sina. Il est l'une des figures centrales de la pensée philosophique et scientifique arabe. Avicenne est né en 980 à Afshéna, près de Boukhara dans la région de l'actuel Ouzbékistan, et mourut à Hamadan en 1037. Son nom persan est Abu Ali Sina. Parmi des centaines d'écrits, son Canon de la médecine - Kitab Al Qanum fi Al-Tibb - fut pendant des siècles, tant dans le monde musulman que dans le monde chrétien, la principale référence médicale.

 

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© Association Géza Róheim - Fermi Patrick - 17 septembre 1998.space22/09/09