Métais Pierre

grille.gif (47 octets)Une approche se référant à l'anthropologie psychanalytique n'aurait pas probablement reçu le soutien théorique de Pierre Métais. Cependant, c'est à travers son enseignement que j'ai connu   l'ethnologie et rêvé au pilou canaque sur les bancs de l'ancienne Faculté des Lettres.
grille.gif (47 octets)Patrick Fermi

Texte de Christian Mériot  paru sur le site d'Anima de l'Université de Bordeaux 2, mars 1999.

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Pierre Métais nous a quittés...

grille.gif (47 octets)L'ethnologie française et bordelaise vient de perdre un de ses maîtres en la personne du professeur Pierre Métais. Né en 1906 en Sologne dans un milieu paysan, il part à 23 ans, muni de son Brevet Supérieur, comme instituteur en Nouvelle-Calédonie en émule de Loti, de Farrère et de Gerbault. Confronté aux réalités coloniales et missionnaires, son humanisme militant le fait très vite passer pour "révolutionnaire". En 1934, à son retour en métropole, il va participer à l'aventure de la création du Musée de l'Homme avec des condisciples qui ont pour nom Soustelle, Gessain, Victor, Dieterleen. Il y suivra l'enseignement de maîtres prestigieux comme Levy Brulh, Cohen, Rivet, Griaule, Leenhardt, et surtout Marcel Mauss auquel il resta lié jusqu'à la fin de sa vie, y compris durant les dures années de l'Occupation. C'est ce dernier, le propre neveu de Durkheim -celui-là même qui avait inauguré la première chaire de Morale-Sociologie en France, à Bordeaux- qui l'incita à préparer un diplôme à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales pour accéder à l'Enseignement Supérieur sans baccalauréat. Mauss, en effet, est sensible aux qualités de cet homme si imprégné de son terrain que lorsqu'il voulut y revenir juste avant la seconde guerre mondiale, il se vit opposer un refus du Gouverneur du "Caillou" qui le jugea "décivilisé"... Prisonnier de guerre rapatrié en 1942, il commença sa thèse d'Etat qu'il soutient en 1948 : Mariage et équilibre social dans les sociétés primitives, un gros ouvrage de 585 pages. Après une période de "petits boulots" à l'Ecole Coloniale, au Musée de l'Homme, et de tentatives pour s'intégrer académiquement, ce qui l'opposa à Guiart et à Levi-Strauss, il obtint -contre Balandier- la chaire d'ethnologie à Bordeaux à la Faculté des Lettres en 1954. Cette chaire était la troisième créée en France dans cette discipline après celle du Musée de l'Homme (Griaule, 1944) et celle de Lyon (Leroi-Gourhan, 1946). Pour compléter l'africanisme parisien et l'ethno-préhistoire lyonnaise, on choisit de développer à Bordeaux l'Océanie selon l'esprit du Musée de l'Homme, c'est-à-dire une étude régionale fondée sur le terrain, l'observation participante en liaison avec l'anthropologie préhistorique, physique et linguistique avec un souci muséographique affirmé pour le sauvetage des objets attribués à la Faculté de Médecine de Bordeaux mais provenant antérieurement du Musée du Trocadéro. Cette orientation marque encore "l'École de Bordeaux" par son souci de l'observation directe, son refus des dogmatismes théoriques et son intérêt muséographique. Après 1968, l'unique certificat libre d'ethnologie "protégé" par l'Histoire et la Géographie profite des réformes d'alors pour s'émanciper et se transformer en un cursus complet comprenant licence, maîtrise et DEA au sein de l'Université de Bordeaux 2 où le Département d'ethnologie est intégré. Les effectifs modestes du début, une dizaine, sont vite multipliés par dix. Corrélativement le professeur Métais dont la vocation océaniste n'exclut pas un souci d'ouverture universaliste réussit à professionnaliser dix chercheurs s'intéressant à l'Amérique, à l'Asie, à l'Afrique, à l'Arctique, à l'Océanie, à l'Europe sur les thèmes les plus divers et s'adjoint deux enseignants titulaires. Atteint par la limite d'âge en 1977, il nous laisse le souvenir d'un esprit anti-conformiste, à l'écoute des autres au delà de tous les autismes dogmatiques, celui d'un pédagogue anti-magistral, bien avant 1968, soucieux d'une authentique maïeutique, ramenant sans cesse nos pensées orgueilleuses à l'instrumentalisation de nos mains sur la matière qui en est la source, d'un éveilleur des consciences par la provocation et le rêve qu'il savait susciter. Il ne faut pas non plus oublier ses efforts pour conserver au mieux le Musée d'ethnographie au gré des déménagements qui lui furent imposés jusque dans les caves du cours Pasteur. Si ce dernier renaît un jour, il le devra à ses intérêts pionniers en ces périodes difficiles... Outre ses nombreux travaux, un ouvrage post-mortem est en cours de publication sur l'épineux problème du foncier mélanésien qui intéressait celui qui sut toujours rester un homme de la terre, de notre terre, au service de ceux qui lui avait révélé une certaine idée de la dignité humaine.

Christian Mériotgrille.gif (47 octets)

* Une émission télévisée (RFO) vient de lui être consacrée avec le concours du Département d'ethnologie qui lui a offert en 1994 un volume d'hommages: l'Ethnologie à Bordeaux, Mémoires des Cahiers ethnologiques n°6 (1995).

 

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© Association Géza Róheim - Fermi Patrick - Juillet 1999.