Revue Lien social

trois entretiens de  Guy Benloulou  avec  Patrick Fermi

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bturqomb.gif (1016 octets) L’ethnopsychanalyse s’appuie sur les différences culturelles,
une approche complémentaire

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bturqomb.gif (1016 octets) mariage pour tous : une fenêtre sociale s'ouvre

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Que peut apporter l’ethnopsychiatrie au travail social ?

dans Lien Social -- Publication n° 696 du 12 février 2004

Pour Patrick Fermi, diplômé en ethnologie, psychologue clinicien, il faut pouvoir écouter et comprendre le sens que « les gens donnent eux-mêmes à leurs habitudes, à leurs croyances, à leurs traditions, à leurs souffrances ». Pour cela pense Patrick Fermi : « L’ethnopsychanalyse est une approche possible »

 

Quelles sont les différences conceptuelles essentielles entre la psychanalyse classique et l’ethnopsychanalyse ?

Si l’on conçoit le terme d’ethnopsychanalyse comme une pratique particulière de soins auprès de personnes migrantes, il n’y a pas à mon sens de différences conceptuelles avec la psychanalyse. De la même manière que l’on parle par exemple de psychanalyse de l’enfant, de psychodrame psychanalytique ou de thérapie familiale psychanalytique, l’ethnopsychanalyse pointe seulement le fait que l’on applique le savoir psychanalytique dans un domaine spécialisé, celui qui relie le fonctionnement psychique et les dimensions culturelles. Bien entendu, sur le plan pratique, les dispositifs de consultation n’ont plus rien à voir avec la cure psychanalytique classique telle que tout le monde la connaît plus ou moins mais vous remarquerez que c’est aussi le cas pour les trois exemples que je viens de citer.

N’y a-t-il pas une limite au respect de l’identité culturelle, par exemple lorsque celle-ci va à l’encontre des droits de l’enfant comme dans le cas de l’excision ?

Il faut être bien clair : nous considérons fermement que vivre dans telle ou telle société implique d’accepter les droits et les devoirs qui y sont attachés. Respecter les représentations culturelles n’est en aucun cas équivalent à autoriser la transgression des interdits. De quoi s’agit-il ? Simplement d’être en mesure de pouvoir écouter et comprendre le sens que les gens donnent eux-mêmes à leurs habitudes, à leurs croyances, à leurs traditions, à leurs souffrances, etc. Cela dit, Les personnes qui trouvent suffisamment de compréhension, de compétence et des réponses à leurs difficultés dans les systèmes de soins ou sociaux classiques n’ont pas besoin de nous.

Ce type d’approche ethnopsychanalytique peut-il, à termes, favoriser l’intégration sociale, culturelle et professionnelle, de certains jeunes issus de l’immigration ?

Il n’y a aucun doute. Cela rejoint votre question précédente et ma réponse : ce dont la plupart des gens souffrent réellement est de ne pas pouvoir donner un sens à ce qui leur arrive. Ce peut être le cas de nombreux jeunes issus de l’immigration quand ils n’ont pas pu disposer d’outils de compréhension par rapport aux représentations culturelles de leurs parents et même plus simplement par rapport à leur histoire et à leur trajet. Beaucoup de migrants auraient quelque chose à nous enseigner, non pas tant des ruptures douloureuses de l’exil que de l’énergie qui leur a permis de survivre. Cette force est souvent méconnue de leurs propres enfants. Je me souviens d’un jeune de vingt ans, genre leader de quartier, pratiquement hébété d’apprendre que son père avait traversé clandestinement, à pied, l’Espagne et les montagnes des Pyrénées, en plein hiver de surcroît. Ce jeune a brutalement réalisé que son père n’était pas faible mais humble, que derrière son silence il y avait une histoire aussi dense que celles que l’on trouve au cinéma ou dans les romans. « Pourquoi tu ne l’avais jamais dit ? ». « C’était trop difficile, surtout en français. ». « Pourquoi tu ne m’as pas appris vraiment l’arabe ? ». « Je croyais que cela ferait oublier la misère et que tu deviendrais plus vite un Français comme les autres… ».

Faudrait-il selon vous développer les formations des travailleurs sociaux en tenant compte de l’approche ethnopsychanalytique ?

Il n’y a aucun doute à ce sujet, à moins bien sûr que l’on veuille un seul type d’humain, sans créativité ni conscience, sans désir et sans passion. La formation est nécessaire car c’est le propre de chaque culture que de produire des certitudes et des illusions. Un travail de décentration est inévitable si l’on veut accéder à ce qui fonde l’altérité. Ce travail, il passe forcément par les savoirs accumulés de tous ceux qui, vivants ou morts, ont réfléchi à toutes ces questions. De tous ces savoirs, ce que l’on appelle peut-être maladroitement l’ethnopsychanalyse n’est qu’une approche possible.

 

Propos recueillis par Guy Benloulouhaut de cette page

 


 

L’ethnopsychanalyse s’appuie sur les différences culturelles,
une approche complémentaire

dans Lien Social -- Publication n° 877 du 20 mars 2008

Entretien avec Patrick Fermi, psychologue clinicien, diplômé en ethnologie

 

La psychanalyse semble être depuis longtemps la référence des contenus de supervisions pour les équipes de travailleurs sociaux… Pourtant, les usagers des travailleurs sociaux sont souvent issus d’origines culturelles et cultuelles très variées… Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Cette question est très importante et mérite un développement. Sur le plan historique, plan qui se prolonge dans les orientations politiques actuelles, la France est fondamentalement assimilatrice. Ce n’est qu’une image, mais les processus qui régissent l’intégration sont centripètes. Au centre, une force d’attraction représentée par un homme universel, en partie dessiné par le siècle des Lumières. Cette pensée universaliste possède la vertu de reconnaître l’humain jusqu’au bout du monde et des classes sociales, mais souffre du défaut de considérer comme vérité ses conceptions du moment. Cette contradiction et cette ambivalence expliquent que les idées de liberté et d’égalité ont simultanément cohabitées avec l’esclavage, les colonisations, les zoos humains et autres barbaries. Une formule pourrait résumer cela : je me reconnais dans n’importe quel autre mais à la condition qu’il me ressemble, parle ma langue, croit à mon dieu, etc. Du point de vue psychanalytique, un contre-investissement est nécessaire pour masquer cette ambivalence, aussi je concède à l’autre quelques qualités et singularités folkloriques ou exotiques. Sur un plan idéologique, la pensée française est traversée par l’évolutionnisme social : il existe une seule humanité mais sur l’échelle du progrès, nous n’en serions pas tous au même stade. Cette idéologie évolutionniste est au musée des théories ethnologiques mais elle reste bien présente dans les représentations sociales communes. La formule qui la résume pourrait être celle-ci : « ils » sont comme nous étions autrefois. Cette idéologie est pernicieuse. Elle autorise la générosité en même temps que l’arrogance, le respect en même temps que l’ingérence. Ce point de vue ne se situe pas seulement au niveau collectif, il s’insinue aussi dans la psychologie de tout un chacun. La majorité des professionnels du social, de la santé, de l’éducation (et de la politique) adhère globalement à cette interprétation des différences culturelles. Si l’on change encore de point de vue et que l’on regarde du coté de l’enseignement, l’étude de la diversité culturelle et des phénomènes interculturels est très récente. Elle constitue encore une part négligeable des programmes de formation des acteurs sociaux. Il y a pourtant une demande manifeste de ces derniers, demande qui se concrétise dans leur participation à des formations continues, à des diplômes d’université, à des interventions ponctuelles dans diverses institutions, etc.

En quoi l’ethnopsychanalyse pourrait-elle apporter un complément d’outils aux travailleurs sociaux, par rapport à la psychanalyse, en matière de supervision ?

Quelques remarques préalables sont nécessaires. D’abord, il faut noter que dans le cas le plus habituel, le psychanalyste et l’analysant partagent les mêmes dimensions culturelles. De ce fait, celles-ci sont implicitement prises en compte dans leurs relations et d’une certaine manière, un grand nombre de ces dimensions n’ont pas expressément besoin d’être analysées. Cette remarque ne se limite pas à la seule relation psychanalytique, elle vaut pour toutes les relations. Ensuite, il faut remarquer que les différences culturelles ne doivent pas faire oublier les différences socioculturelles à l’intérieur d’une même culture. Ce dernier aspect est familier aux travailleurs sociaux. Leurs expériences professionnelles ne peut que les y sensibiliser. Certains en restent là, considérant qu’il s’agit déjà de différences culturelles. Je comprends leur point de vue mais il s’agit d’une mauvaise manière de considérer la question culturelle. Bien sûr, les différences socioculturelles sont importantes mais elles s’expriment dans un ensemble culturel relativement homogène. Par contre, les différences culturelles concernent des dimensions plus spécifiques : la langue, le système de parenté, la question des genres, celle de l’éducation, les représentations du monde, les conceptions du malheur et de la maladie, etc.

Or, ce sont généralement ces dimensions qui sont négligées. Comment peut-on intervenir dans les cadres de la famille, de l’éducation, de la question des genres, de la maladie, etc. sans tenir compte de représentations culturelles aussi particulières que la piété filiale, le culte des ancêtres, l’influence des invisibles ou de la sorcellerie, des représentations de la famille, des manières de se nommer, des effets secondaires de la colonisation… On pourrait croire que cette négligence provient d’une méconnaissance mais je crois plutôt qu’il s’agit d’un écran défensif formé par les projections de nos propres valeurs et représentations. Une preuve indirecte en est donnée par les effets des formations interculturelles ; par exemple, lorsque l’on présente la diversité des systèmes de parenté, des modes de maternage, des conceptions du malheur etc., les personnes en formation ne font pas qu’appréhender des connaissances nouvelles, elles remettent spontanément en cause leurs propres façons de penser, de croire, de percevoir le monde et surtout, leurs propres rapports aux « prêts-à-penser ». Je voudrais citer ici une citation de Freud qui est au cœur de mon propos : « J’estime donc qu’une vision du monde est une construction intellectuelle qui résout de façon unitaire tous les problèmes de notre existence à partir d’une hypothèse subsumante […] en croyant en elle, on peut se sentir en sécurité dans la vie, savoir ce à quoi on doit aspirer, comment on peut, de la manière la plus appropriée, assigner une place à ses affects et à ses intérêts. » L’étranger, en nous confrontant à d’autres visions du monde, remet en cause les certitudes et la sécurité dont nous parle Freud.

C’est à cet endroit que l’ethnopsychanalyse pourrait apporter un complément, non seulement dans la connaissance de ces différences mais aussi et surtout, dans l’analyse des vécus relativement à celles-ci. C’est la question du contre-transfert culturel, question qui n’est pas traitée dans un cadre psychanalytique classique.

L’orientation des équipes vers telle ou telle méthode de supervision (systémique, psychanalytique, voire sociologique) semble de plus en plus liée aux prix en vigueur dans ce domaine. Cela peut-il selon vous conditionner les objectifs à atteindre dans ces supervisions ?

Si tel est le cas, c’est un problème grave. Si j’avais besoin de planter des clous, il serait absurde d’acheter un tournevis sous prétexte qu’il est moins cher qu’un marteau. Les méthodes que vous évoquez ne sont pas des outils comparables. Elles n’ont pas les mêmes présupposés théoriques ni les mêmes objectifs. Choisir l’une ou l’autre sur la base de leurs coûts témoignerait d’une indigence idéologique et de l’absence d’une véritable politique sociale. Il en est de même de cette mode de l’évaluation tous azimuts dont je suis persuadé qu’elle coûte plus cher en temps, en énergie humaine et en argent que ce qu’elle prétend évaluer. Pour revenir au problème de la supervision, il n’est même pas discutable que le choix de la méthode conditionne les objectifs. Le démontrer est aussi inutile que de discuter s’il fait jour à midi pour reprendre une image du célèbre aphorisme de Voltaire. Cela étant dit, je ne vois aucune raison objective justifiant des écarts considérables dans les coûts des méthodes que vous avez mentionnées.

Nombreuses sont encore les institutions qui hésitent à organiser ces supervisions. Est-ce selon vous par crainte de la prise de conscience des insuffisances institutionnelles, voire des retombées en matière de politiques plus générales ? (subventions publiques, militance plus active des travailleurs sociaux en réaction à certaines lois ou politiques publiques.)

Il est à peine exagéré de noter qu’aujourd’hui se profile une allégeance des responsables institutionnels à leurs instances supérieures. Il fut un temps où la direction des actions allait des besoins des usagers vers les décideurs, les cadres relayaient alors la réalité du terrain et en étaient en quelque sorte les avocats. Maintenant, ils tendent à n’être que les courroies de transmission d’une politique générale « qui vient d’en haut ». Dans un tel contexte, la question des supervisions peut devenir dérangeante car en favorisant la parole et l’expression des problèmes en provenance du terrain réel, elle va à contre-courant du flux des directives. Les espaces du travail social, de la santé et de l’éducation ne devraient pas avoir à s’adapter sans conditions aux prétendues lois du marché.

 

Propos recueillis par Guy Benloulouhaut de cette page

 

 


Mariage pour tous : une fenêtre sociale s'ouvre

dans Lien Social -- Publication n° 1099 du 28 mars 2013

Entretien avec Patrick Fermi, psychologue clinicien, diplômé en ethnologie

 

Il semble que notre société moderne (tout du moins en France), ait un rapport "conflictuel" avec l'homosexualité..Pourtant dans d'autres sociétés plus anciennes , voire même au cours de l'évolution historique, ces liens étaient ou sont encore plus "pacifiés" avec l'homosexualité.. Quelle analyse faites-vous de ce paradoxe ?

S’il est vrai que le thème du mariage pour tous fait aujourd’hui grand bruit dans les médias, il me semble qu’il en est autrement pour la représentation sociale de l’homosexualité elle-même. Le monde gay est dans un processus d’accession à la reconnaissance sociale. Voilà déjà quelques dizaines d’années, au moins dans le monde occidental, que l’homosexualité a été rayée de la nosographie médicale et que dans le même temps, sa dépénalisation s’est étendue à de nombreux pays. Les liens sociaux reliant ce monde, associations, expositions publiques du choix homosexuel, presses spécialisées, représentations médiatiques diverses, etc. n’ont jamais été aussi denses et dessinent une fenêtre sociale jusqu’alors close. Sa représentation sociale « pacifiée » traversent désormais des milieux socioculturels très divers. Il me semble donc nécessaire de distinguer entre la représentation sociale de l’homosexualité et les revendications politiques et sociales qui en sont issues. Les manifestations associées au mariage pour tous ne concernent pas tant l’alliance du même genre en elle-même que les bouleversements des représentations traditionnelles de cette institution qui juridiquement n’est pas un simple contrat ou l’aboutissement d’une simple histoire d’amour. Mais comment pourrait-il en être autrement ? De manière transculturelle, dans le temps et dans l’espace et malgré leurs diversités, les alliances de type mariage sont au fondement d’une conception familiale conçue comme l’union socialement approuvée d’au moins deux individus de sexes différents procréant et élevant des enfants. Les dynamismes historiques, culturels, sociologiques, législatifs, politiques ne sont pas parallèles et équivalents. Ils ne se développent pas dans les mêmes segments de temps et ne rencontrent pas les mêmes résistances aux transformations.

L'ethnopsychanalyse a depuis longtemps analyser l'homosexualité dans certaines société et surtout sa perception et son inscription sociétale. En quoi serait-il utile aujourd'hui pour notre société de s'y référer notamment vis a vis des enfants et de toute la question de la filiation?

L’Histoire et l’ethnologie montrent effectivement sans aucun doute que le curseur tolérance – intolérance à l’homosexualité s’est beaucoup déplacé et cela à l’intérieur même de telle ou telle aire culturelle, voire à l’intérieur d’une même classe sociale. Il faut le rappeler car beaucoup de positions idéologiques actuelles font comme s’il existait des cultures parfaitement homogènes et stables dans le temps. Sur cette base, beaucoup d’opposants aux orientations homosexuelles invoquent un « état de Nature » qui leur serait antinomique. Si tel était le cas, il n’y aurait pas eu toutes ces fluctuations culturelles et historiques. Il ne faut pas craindre d’interpréter ce type d’argument comme une résistance individuelle et collective à l’acceptation de la bisexualité, composante universelle de la sexualité humaine. Sur ce sujet, l’ethnopsychanalyste Georges Devereux allait jusqu’à soutenir que les règles des divers systèmes de parenté ne seraient que des modalités de défense contre cette bisexualité. Les religions monothéistes sont particulièrement « accrochées » à cette vision naturaliste. Il est d’ailleurs remarquable que pour l’une d’entre elles, le christianisme, le modèle « père – mère - enfant » naturel tant idéalisé aujourd’hui ne soit précisément pas celui de la famille de son créateur. Cela nécessiterait un trop long développement.

Que le curseur tolérance – intolérance à l’homosexualité soit sans cesse en mouvement est une chose mais prétendre que certaines sociétés en auraient fait une institution centrale en est une autre. Entendu la semaine dernière : « Regardez dans l'histoire, la Grèce, c'est une des raisons de sa décadence.. ». Oublions le nom de son auteur car il faut rester psychologue et n’y voir qu’un symptôme mais il faut aussi rester anthropologue et noter que cet auteur est un représentant éminent d’un courant idéologique qui ne l’a pas rectifié. La question de l’homosexualité dans la Grèce ancienne a été beaucoup étudiée et au-delà de quelques détails, tout le monde s’accorde à penser que la tolérance s’exerçait d’abord à l’égard d’une singularité du mode d'éducation. En effet, les relations sexuelles entre un maître et son élève étaient admises, voire valorisées, notamment dans le cadre militaire. Devereux avait analysé ces questions dans La pseudo homosexualité grecque et le "miracle grec" où il battait en brèche les poncifs plaqués sur la place de l’homosexualité en Grèce.

De nombreuses données ethnographiques issues de tous les continents s’inscrivent dans le prolongement de cette vision « pédagogique », plus précisément dans le cadre des initiations. À la suite des études de Gilbert Herdt sur les Sambia de Nouvelle-Guinée mais aussi sur les Baruya mieux connus en France par les travaux de Maurice Godelier, on connaît bien la place de l’homosexualité dans les rites initiatiques de ces peuples. Je ne peux entrer ici dans les détails mais paradoxalement cette homosexualité rituelle est au « service » d’une accession à l’hétérosexualité ! Ces inscriptions sociétales très spécifiques et codifiés, témoignent d’un espace de tolérance mais dans le fond pour mieux « culturer » les pulsions homosexuelles. Le continuum tolérance – intolérance se déroule dans une gamme de défenses collectives visant à contenir la vie sexuelle, d’une part en composant avec la bisexualité fondamentale de l’être humain, d’autre part en contestant le pouvoir de la Femme. Derrière les questions actuelles, on peut hypothéquer que se jouent des processus de changement culturels (pas seulement sociaux) dont la majeure partie est inconsciente.

Justement les travailleurs sociaux savent depuis longtemps que le schéma "un père, une mère, un enfant " ne correspond plus à la réalité sociétale d'aujourd'hui.. Mais a-t-il d'ailleurs été a un moment le schéma idéal? En quoi l'anthropologie peut-elle aujourd'hui nous donner quelques réponses sur ce sujet?

Le schéma « père – mère - enfant » n’a toujours été qu’un schéma idéal même si certaines configurations socio-historiques ont pu faire confondre niveau idéal et niveau réel. Les évolutions manifestes des formes familiales remettent moins en question ce schéma qu’elles ne révèlent douloureusement son caractère idéal. Dans le fond et au-delà du paradoxe, les confrontations liées au mariage pour tous, dont celles sur la filiation, ont peut-être à voir avec la nécessité de réduction du différentiel entre niveaux réel et idéal. La distance entre désir et réalité est comparable à l’espace maternant dont on sait qu’il doit être « suffisamment bon » et « suffisamment frustrant » pour que ne surgissent l’angoisse ou pire, la folie. Du point de vue anthropologique, ces changements sont bien à l’œuvre puisque tout autour de nous des nations les ont déjà politiquement intégrés.

Les opinions des spécialistes (psy, ethnologues etc.) doivent éclairer les débats mais contre une sorte de consensus, je crois qu’elles ne devraient pas avoir l’importance qu’on leur donne car il faut distinguer entre Culture et Société. La distinction est difficile mais c’est la dialectique de leurs relations qui est réellement essentielle à analyser. Notre société s’est dotée de systèmes politiques lui autorisant des destins choisis avec des projets sociétaux agréés par la majorité. Comme citoyens, les dits spécialistes doivent participer à la vie de la Cité mais le cadre de leur Savoir scientifique ne les habilite pas à justifier telle ou telle position dans un autre cadre, celui du Pouvoir politique.

 

Propos recueillis par Guy Benloulouhaut de cette page

 

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