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la Sagesse bouddhiste aux débuts du Vit Nam

- « 教外别傳 » -

 

 Philippe Langlet

 

 

La sagesse bouddhiste au début du Viêt Nam de Philippe Langlet Présentation - Patrick Fermi

Il y a déjà quelque temps, le professeur Philippe Langlet craignait que ce travail ne puisse être publié, entre autres raisons, pour celle de la complexité et de la longueur des notes, références et citations. Heureusement, il n’en a pas été ainsi et cette magistrale étude a trouvé un éditeur. On aura compris que cet ouvrage est d’une érudition devenue rare et donc précieuse. Les rayons Bouddhisme de nos librairies ploient sous le poids des livres qui y sont consacrés mais il faut bien l’admettre, la majorité d’entre eux sonnent creux et se rangent dans la catégorie « culture pop-corn » pour emprunter une image à l’écrivain Roger Dadoun. Pour qui connaît déjà la carrière scientifique de Philippe Langlet, la richesse de ce dernier ouvrage ne sera pas réellement une surprise. Beaucoup ont certainement encore en mémoire le magnifique Un livre des moines bouddhistes dans le Việt Nam d'autrefois (Aquilon, 2005).

Jusqu’à ce jour, et à moins d’être vraiment spécialisés en ces domaines, les lecteurs français intéressés par ces sujets pouvaient se référer à l’ouvrage de Minh Chi, Hà Văn Tấn et Nguyễn Tài Thư, Le bouddhisme au Vietnam (Thế Giới, 1993). Ce dernier conserve toute sa valeur mais le livre de Langlet pourra le compléter sur de nombreux points. Il est vrai que la période envisagée est plus étroite mais les documents historiques sont plus profondément analysés. Et puis, il faut bien le dire, il est plus agréable à lire. Il ne s’agit pas là d’une réelle critique du premier qui, faut-il le rappeler, n’est qu’une version traduite et adaptée au français, concédant par exemple l’absence totale des signes diacritiques sur les termes vietnamiens.

Avec La Sagesse bouddhiste aux débuts du Việt Nam l’auteur nous entraîne d’abord dans le sud de la Chine et dans le delta du fleuve Rouge pour y suivre les traces légendaires, littéraires, archéologiques et historiques du bouddhisme. Il serait plus juste de dire « les développements » du bouddhisme car on sait que ce dernier s’est déployé en plusieurs « Voies » et a encore difflué en de nombreuses « Écoles ». L’Introduction en fait d’ailleurs une synthèse claire et bien utile pour la suite. À chaque étape de cette étude, Philippe Langlet prend soin, non seulement de juxtaposer les termes indiens, leurs équivalents chinois et leurs transcriptions sino-vietnamiennes, mais aussi de citer les sources originelles avec beaucoup de précisions et souvent même en les explicitant.

Ce livre est composé de deux grandes parties auxquelles s’ajoutent d’importantes annexes réunissant de nombreux extraits de textes, une bibliographie commentée et des index particulièrement détaillés. La première partie traite de l’Histoire sommaire du bouddhisme pendant le premier millénaire au Việt Nam et en Chine. Mais, là encore, et comme le fait l’auteur, il est plus juste de parler d’espace Việt car l’on sait bien que le Việt Nam actuel est l’aboutissement d’une succession de configurations géographiques, politiques, administratives, etc. (Au Lạc, Giao Chỉ [111 av. J.-C.], Giao Chau [264], An Nam [679], Đại Cồ Việt indépendant au Xe siècle et Đại Việt en 1054). La seconde partie, intitulée Le bouddhisme des lettrés et son environnement au début du Đại Việt, analyse plus particulièrement les relations entre le bouddhisme et l’organisation de l’État national sous les dynasties des Ngô (939-965), Đinh (968-979), Lê (980-1009) puis des Lý (1010-1225). On y retrouvera notamment la manière de vivre des moines au Đại Việt, grâce surtout à l’Anthologie du jardin des méditations, Thiền uyển tập anh.

On ne peut cacher que la minutie de ces travaux destine plutôt La sagesse bouddhiste à un public plus ou moins averti du bouddhisme et de l’histoire du Việt Nam. Et c’est généralement le cas des lecteurs des Carnets du Việt Nam. Bien sûr, il devrait vivement intéresser les étudiants et les chercheurs, notamment par les possibilités d’études transversales. Dès la Note préliminaire, Philippe Langlet écrit : « J’espère avoir ainsi facilité les travaux des sinologues soucieux d’élargir leur champ de recherches. Quant aux Vietnamiens, ils disposent d’une abondante littérature sur le sujet mais ils restent encore parfois isolés par l’utilisation de la seule transcription sino-vietnamienne. »

À ce propos, beaucoup  de lecteurs seront  vraisemblablement intrigués par le surtitre de la couverture  : « 教外别傳, giáo ngoại biệt truyền » ; ce vers peut être traduit comme « transmission en dehors de l’enseignement [par les livres] ». Il est extrait d’un quatrain tenu comme résumant l’essentiel de la pensée de Bodhidharma (菩提達摩, Bồ Dề Dạt Ma), généralement reconnu en Chine comme le patriarche du courant bouddhiste Chán, 禪宗, Thiền Tông en vietnamien ou École de l’Intuition, antérieurement 心宗, Tâm Tông, École de l’Esprit. Ce courant est plus connu en Occident sous le nom japonais de Zen. Ces quelques lignes donnent un modeste aperçu de la mosaïque des écritures de ce livre mais elles n’en rendent pas l’essentiel, c’est-à-dire un tissage agréable et serré d’histoires courtes, captivantes et d’évènements, en réaction, nous prévient l’auteur, « contre trop de raisonnements fondés en histoire ancienne sur des interprétations trop hâtives… »

Les qualités de La Sagesse bouddhiste aux débuts du Việt Nam nous rendent encore plus impatients de voir réaliser un projet de Philippe Langlet, à savoir la publication d’une traduction commentée des Propos de l'Éveillé Tuệ Trung, textes du début du XIVe siècle.

Patrick Fermi - printemps 2013

 

La version initiale de ce compte-rendu est parue dans Carnets du Viêt Nam, n° 35, novembre 2012

 


Nous venons d'apprendre une triste nouvelle. Philippe Langlet s’est éteint le samedi 15 juin 2013

 

Hommage à Philippe Langlet 


 

Quatrième de couverture

Le bouddhisme prospérait déjà au IIe siècle dans la plaine du fleuve Rouge, comme religion salvatrice apportée par les marchands indiens, et comme sagesse en contact avec le taoïsme de lettrés immigrés. La Chine du Sud en plein essor en a été influencée, en même temps que le Nord recevait les influences indiennes par la route de la soie. Depuis le VIe siècle, le bouddhisme a été profondément assimilé par la civilisation chinoise, dont dépendait la plaine du fleuve Rouge, l'An Nam. On a voulu imaginer que la sagesse influencée par le taoïsme, suivait directement l'exemple de l'éveil du Bouddha, personnellement, sans enseignement. À côté de la voie religieuse surtout populaire, cette sagesse de l'esprit, appelée bientôt de l'intuition par la méditation (chan, thiên) s'est perpétuée à côté du réveil confucéen.

Le présent ouvrage étudie comment le bouddhisme religieux et philosophique a de plus grandement contribué aux succès des révoltes et de l'indépendance de la nation Viêt, des origines à la fin de la première grande dynastie, celle des Ly en 1225.

 


 

La Sagesse bouddhiste aux débuts du Việt Nam

étude de Philippe Langlet

Les Indes savantes, 2012

428 pages, 33 €

 


 

L'Auteur

 accroche Philippe Langlet, agrégé d'Histoire, docteur d'État en Études Orientales de l'Université Paris 7 Denis Diderot, a été le directeur pendant de nombreuses années de la section vietnamienne de l'Unité de Langues et Civilisations de l’Asie Orientale.

 


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