La possession au Maroc


Bertrand Hell
 

Pour ceux qui ont déjà approché le thème de la possession, Bertrand Hell n'est plus à présenter tant ses travaux sur ce sujet sont importants. Le grand public aura pu aussi le connaître durant les semaines de l'exposition Les Maîtres du désordre qui s'est tenue en 2012 au Musée du quai de Branly.
Il faut remercier Bertrand Hell de nous avoir autorisé à afficher cet article qui contribuera à mieux faire comprendre une des dimensions constituant l'univers culturel de nombreux patients issus du Maghreb.

 

le corps du possédé :
 entre jeu théâtralisé et expérience du sensible

Lors d’un récent colloque à l’EHESS (1999, Sociologie du Religieux) un collègue brésilien, Roberto Motta, caractérisait les cultes de possession présents actuellement dans les Amériques Noires à partir des trois traits suivants :

  • un sacrifice sanglant comme rite d’ouverture,
  • une dimension permissive autorisant ces cultes à se fondre dans la religion dominante,
  • et enfin, aspect important pour nous, un rituel reposant principalement sur le langage du corps.

Ce langage du corps est effectivement le socle commun de tous les cultes liés au chamanisme et à la possession. En Sibérie comme au Maroc ou en Amazonie, il permet aux maîtres du désordre - les initiés – de donner les signes de leur contrôle des esprits “ sauvages ” responsables des infortunes tant individuelles (maladie, malchance) que collectives (cataclysme, épidémie, etc.). Grâce à ce langage du corps se trouve ainsi légitimée leur fonction d’intermédiaire entre le monde des humains et celui des esprits (Hell, B ; Possession et Chamanisme. Les Maîtres du Désordre, Flammarion, 1999).

Mais je voudrais ici, à partir de mes recherches menées au Maroc depuis une vingtaine d’années, explorer une autre dimension du langage du corps propre à la possession, à savoir le rôle joué par ces cultes comme régulateur des émotions, comme cadre favorisant la reconstruction de la personne.

La possession au Maroc, une réalité ordinaire

A l’heure actuelle de nombreuses confréries pratiquent encore des rituels extatiques au Maroc. Certaines se rattachent au prestigieux soufisme occidental et recherchent telles la Qâdiriya ou la Nassiriya les états de wadjid (l’émotion intense) tandis que les ordres populaires invoquent et contrôlent la venue des génies à l’exemple des Aïssawa, des Hamadcha ou encore des Gnawa, cette dernière confrérie liée aux descendants des esclaves noirs étant la plus connue à l’extérieur du Maroc.

Dès les premiers temps, l’islam a accordé une place centrale à la musique et à l’extase dans la quête du divin. La recherche des hal, littéralement “ les états ”, est à l’origine d’innombrables rituels privilégiant soit la récitation rythmée des noms de Dieu (le dikhr) soit un véritable culte de possession. Mais pourquoi la voie de la musique? Voici ce que répond au XIIIe siècle le grand poète soufi Djalal-ad-Dîn-Rûmi, fondateur de la célébrissime confrérie des derviches-tourneurs de Konya (Turquie) : “ Plusieurs chemins mènent à Dieu : j’ai choisi celui de la danse et de la musique ”.

N’en déplaise aux zélateurs du wahabitisme, ce mouvement intégriste militant soutenu activement par l’Arabie Saoudite, la possession au Maroc appartient bien à la configuration religieuse de l’islam, celle qui associe musique/souffle et extase, circulation de la baraka, guérison. Soyons d’ailleurs convaincus de la quotidienneté du phénomène. Ainsi à Marrakech, les ménagères se rendent à Sidi Mimoun ou dans quelque autre sanctuaire de la ville pour assister l’après-midi à une hadra (cérémonie musicale) dirigée par une confrérie féminine et s’adonner librement à la possession.

Mais qui sont ces génies, les djnuns, dont chacun au Maroc s’accorde à reconnaître l’influence occulte sur les humains ? Explorer la nature éminemment polysémique de ces créatures nées d’un “ feu sans fumée ” au dire du Coran nous entraînerait trop loin. Retenons ici simplement un trait primordial : l’ambivalence de ces entités “ surnaturelles ”. Les djnuns ne sont ni totalement maléfiques ni totalement bénéfiques, ce principe d’une ambivalence ontologique se retrouvant dans tous les systèmes liés au chamanisme et à la possession. Les génies les plus dangereux, ceux qui provoquent les pathologies les plus lourdes sont aussi ceux qui peuvent guérir, ceux qui, une fois propitiés, peuvent se montrer des alliés des plus bénéfiques.

Le système de la possession au Maroc repose sur l’idée d’une double gradation : la première répartit la gravité des désordres en fonction de la dangerosité des esprits et de leur lieu de séjour tandis que la seconde ordonne la compétence des confréries au regard de l’efficacité pratique de leur rituel de possession. C’est ainsi que les Gnawa sont placés au plus haut de l’échelle de la puissance magico-thérapeutique. Ces descendants des “ Noirs ” qui incarnent aux yeux de la société marocaine contemporaine la transgression, l’étrangeté et l’altérité absolue sont les seuls à pouvoir contrôler les Uled Ghàba, ces redoutables génies associés à la couleur noire, à l’omophagie et aux bêtes fauves de la forêt (Hell, B ; “ Honnis mais efficaces ! Inversion sociale et pouvoir thérapeutique dans le système de la possession au Maroc ”, in Benoist, J (ss. la direct. de) ; Religion, Santé, Maladie, Paris, Khartala, 2001).

Possession et expression du désordre

La lila (littéralement la nuit) des Gnawa est le lieu privilégié de la mise en scène, consciente ou inconsciente, du djeb terme renvoyant étymologiquement à l’idée de “ ravissement ”, de “ transport hors de soi ”.

Dans un premier temps le langage du corps exprime toujours le désordre, la souffrance, l’affliction. Être “ tiré hors de soi ” est d’abord synonyme de tremblements, de convulsions, de douloureuses contractions. Les crises peuvent être violentes : on bave, se roule à terre, on se tape la tête contre le sol, on cherche à se mordre ou à se taillader. Ou alors le djeb peut terrasser et revêtir la forme d’une véritable catalepsie, les membres étant totalement raides, les articulations bloquées. Toujours prédomine l’idée d’une agression éprouvante, pénible, déstructurante.

Mais insistons bien sur le caractère pleinement rituel de cette violence gestuelle, de cette fureur liée à la nature plus ou moins sauvage des génies eux-mêmes. Point ici de place pour des comportements hystériques totalement débridés : cette phase initiale exprimant la puissance débordante, envahissante du génie répond à une grammaire corporelle très précise. Ces premiers états douloureux liés à un esprit qui “ frappe ”, qui “ gifle ” ou qui “ touche ” ne sauraient durer. La personne doit peu à peu être conduite à l’état de mskun c’est-à-dire être “ habitée ”, ce qui implique l’idée d’une relation symbiotique avec son génie.

Ces expressions corporelles du désordre sont soigneusement distinguées de la folie, de la maladie mentale définitive. Etre mjnûn ou madrub (“ pris ” ; “ frappé ”) sont des états qui ne sont pas assimilés à l’Hmaq, la folie ordinaire. Encore faut-il que la personne, au plus fort de ses crises, livre quelques indices corporels témoignant de la présence d’un génie. Ainsi peu à peu le possédé va réagir à l’écoute d’une devise musicale précise (en pleurant, en cherchant à se rapprocher des musiciens, etc.) ou être pris de tremblements lorsqu’on l’enfume avec une sorte particulière d’encens (laquelle est associée à une famille de génies).

Dans cette optique, en se gardant bien de réduire le culte des Gnawa à cette seule dimension, nous pouvons voir s’opérer au cours de la lila un véritable processus d’abréaction. Le djeb permet une extériorisation publique et spectaculaire d’un problème individuel, il favorise une forte réaction émotionnelle. Le problème en question peut renvoyer à des situations très diverses. Telle jeune fille est frappée de paralysie à la suite de l’annonce de son prochain mariage imposé par sa famille ; tel homme bascule dans la schizophrénie depuis la mort de son père et l’assujettissement à une mère et des sœurs “ dévorantes ” ; telle immigrée est victime de saignements menstruels inhabituels depuis son installation en France. Dans ces cas (dont j’ai pu suivre la cure), l’idée de la venue d’un génie perturbateur a permis que le traumatisme intériorisé trouve un cadre approprié pour une brusque libération corporelle.

Possession et contrôle sensoriel

La possession repose sur l’apprentissage d’une autre réalité sensorielle. Une authentique pédagogie de la possession maîtrisée, appelée hal u aql, est proposée aux malades-frappés. L’état de hal u aql consiste à être à la fois “ ravi hors de soi ” tout en restant maître de la situation. Nous sommes ici assez proche de cet “ observateur caché ” évoqué par les psychologues américains à propos des états modifiés de conscience. Tous les sens du possédé doivent être mobilisés afin de parvenir au contrôle de l’émotion.

L’ouïe par exemple joue un rôle capital. La musique des Gnawa associe le luth-tambour, l’instrument principal appelé gumbri, à sept ou huit paires de crotales en fer. Celles-ci martèlent un rythme assourdissant basé sur une périodicité régulière et monotone. Un continuum sonore domine ainsi, captant l’attention et masquant les variations extrêmement subtiles, les changements de tempo de la cellule mélodico-rythmique du gumbri qui est en fait la véritable “ voix des génies ”. Peu à peu (la durée de cet apprentissage peut varier de quelques mois à quelques années), le possédé doit percevoir le seul son du gumbri et, sans plus s’abandonner passivement à la cadence mécanique des crotales, se laisser porter par sa mélodie. Au cours de la lila, tout un chacun peut d’ailleurs mesurer le chemin à accomplir pour passer de l’état de possédé-frappé à celui de possédé-habité. Il suffit d’être attentif lors de la danse des initiés : durant la première partie de la cérémonie lorsque les musiciens gnawa eux-mêmes démontrent leur maîtrise corporelle et ensuite, au moment où un “ habité ” de longue date accomplit une véritable performance chorégraphique en étant parfaitement dans le rythme du gumbri ,alors qu’autour de lui d’autres possédés roulent au sol en hurlant.

Le contrôle du corps est également nécessaire. La prostration, la convulsion, le spasme sont des postures devant évoluer. Le langage du corps à acquérir varie en fonction des confréries et selon la nature du génie responsable du désordre. Les danses des Jilala, des Aïssawa ou des Gnawa sont sensiblement différentes, la première confrérie privilégiant les mouvements des bras, la seconde le balancement du buste et la dernière le martèlement des pieds. Quant aux djnûns, à chaque famille une chorégraphie particulière ! Les possédés par les génies Bleus de l’océan vont bien sûr adopter une gestuelle aquatique tandis que ceux “ ravis ” par les génies Verts liés aux saints musulmans vont témoigner d’une extase : les index pointés vers le haut, les yeux tournés vers le ciel, ils vont tourbillonner en poussant de puissantes exhalaisons.

Mais il faudrait aussi détailler cette faculté d’inclusion empathique indispensable au bon déroulement de la nuit de possession. Particulièrement frappant est par exemple le changement d’atmosphère qui s’opère entre le temps de l’invocation des génies Noirs de la Forêt et celui de la venue des génies Jaunes. Dans le premier cas tous les possédés sont animés d’une pulsion agressive et sanguinaire, laquelle semble même marquer profondément l’assistance alors qu’ensuite ce ne sont plus que rires, danses joyeuses, distribution de sucreries et aspersion de parfum par les possédés.

Le contrôle des sens débouche sur une lucidité active, c’est-à-dire une forme de conscience altérée mais suractivée. Seul ce nouvel “ état ” du possédé lui permet d’accomplir alors un de ces rituels fakiriques qui forcent l’admiration des spectateurs et qui attestent de la réalité d’une relation harmonieuse nouée avec le génie. Se taillader les bras ou la langue avec des couteaux aiguisés, se brûler le corps à l’aide de grosses bougies ou boire l’eau bouillante à même un récipient chauffé à blanc, voilà autant de gestes accomplis au cours de la danse qui requièrent une pleine maîtrise de ses émotions.

Mais chacun sait que tous ces maîtres-initiés capables aujourd’hui de telles prouesses ont connu et traversé des phases initiales de désordre et de violence. Les nombreux stigmates que portent leur corps en témoignent lisiblement. Questionnés sur le passage de l’état sauvage à celui de la possession maîtrisée, les adeptes évoquent unanimement l’idée d’un “ travail ” avec le génie. Le lien symbiotique ne peut se construire que dans la durée ; il est le fruit d’une longue et patiente familiarisation avec cette réalité-autre, d’une imprégnation progressive au monde de la possession. Il ne saurait donc y avoir de “ travail ” individuel, de contrôle des émotions en dehors du contexte collectif. La possession est avant tout un fait social et non, comme le pensent les pseudo-initiés occidentaux (venus pratiquer au Maroc “ la transe primitive ”) un phénomène purement individuel.

Possession et alliance avec l’invisible

Face aux anathèmes lancés par les intégristes (au nom de l’islam expurgé) ou par les modernistes (au nom du triomphe de la Raison), les cultes de possession comme le chamanisme ont su mettre en avant l’alibi de l’exorcisme pour préserver leurs rituels. Tel est le cas au Maroc : dans leur discours public, les affiliés Gnawa ou Jilala affirment : “ Nous chassons les diables ! ” Personne n’est toutefois totalement dupe et chacun de savoir que la finalité du culte repose sur l’idée d’être “ habité ” en permanence, c’est-à-dire sur le principe de la construction d’une alliance durable et harmonieuse avec les génies. Voilà pourquoi dans le rituel des Gnawa on évite l’utilisation du sel (substance qui chasse les génies) au profit du sucre qui les attire, on multiplie les sacrifices sanglants (le sang est prisé par les génies) et les offrandes de nourritures (lait, etc.) ou de parfums brûlés.

A la différence du candomblé brésilien ou de la santéria cubaine, l’initiation chez les Gnawa n’est pas l’objet d’une codification très stricte. Elle n’en débouche pas moins sur un même résultat : la faculté de lire les signes de l’invisible. L’enfant d’un initié avale-t-il sans dommage une pleine poignée de médicaments pourtant dangereux ? Son père saura y deviner l’intercession de Sidi Rahal le puissant saint-génie qui immunise contre les piqûres et les empoisonnements et accomplir des rites de contre-don. Une adepte des Gnawa se laisse-t-elle aller depuis peu à de violentes colères, à des accès de fureur ? Elle discernera dans cette conduite inhabituelle l’influence d’Aïcha Qondicha et procèdera sans tarder aux fumigations et aux offrandes votives susceptibles de calmer cette redoutable génie très connue au Maroc. La lecture des signes consiste à être attentif à son environnement, à sa propre expérience empathique : une mauvaise odeur est l’indice d’un désordre qui menace, un évènement imprévu n’est jamais hasard insignifiant, une intuition est un message dont il faut tenir compte, etc.

Possession et reconstruction du Soi

Dans sa phase initiale, nous l’avons vu, la possession sauvage est synonyme de maladie, d’affliction. Au Maroc le désordre morbide n’est pas que trouble individuel : il comporte toujours une profonde dimension sociale. C’est la raison pour laquelle les symptômes cliniques réfléchissent aussi la nature déstructurante de la maladie. Ne plus se laver, ne plus parler, refuser de manger, rester prostré sont autant d’attitudes dénotant clairement la perte du lien social. Certains comportements des possédés-frappés peuvent sembler cliniquement étranges : telle femme dénoue ses cheveux et “ erre ” dans la rue, cet homme se jette sur l’animal égorgé au moment du sacrifice et boit le sang à même la plaie, etc. Dans le contexte normatif de la société marocaine ces gestes reviennent à transgresser des tabous et expriment une même marginalisation croissante.

La cure proposée au malade-frappé débouche sur une alliance avec le génie, c’est-à-dire sur la construction d’une nouvelle identité. En tout premier lieu la maladie n’est plus regardée comme une force purement négative qui écrase arbitrairement : aux yeux du patient comme du groupe social, elle trouve un nom (le génie), une explication (une faute commise, un acte de sorcellerie, etc.) et une histoire (un système de don et de contre-don avec l’invisible). Tout comme le bori des Haousa du Niger la possession au Maroc repose sur un processus de catharsis, de réintégration et d’équilibration (Jacqueline Monfouga-Nicolas ; Ambivalence et culte de possession, Paris, Anthropos, 1972). A travers son itinéraire initiatique, le possédé est amené à prendre conscience de cette normalité du désordre, idée faisant cruellement défaut dans la Médecine occidentale au regard de G. Canguilhem (Le Normal et le Pathologique, PUF, 1966).

Être “ habité ” en permanence revient à développer de nouvelles images de soi. Cas le plus significatif, l’alliance avec un djûn de sexe opposé peut conduire jusqu’à un véritable mariage comparable à ces unions dûment reconnues par le groupe social entre le possédé du vaudou haïtien et son loa ou entre le chamane sibérien et la fille de l’Esprit-Forêt. Plus ordinairement cette alliance se traduit par l’émergence de nouveaux goûts (et de phobies) alimentaires, une autre hygiène de vie, une forte inclination pour un parfum spécifique, un air musical, une couleur, etc. Le rapport au monde du possédé est transformé. Il jouit d’une faculté de double-vue dont il tire profit socialement (il peut aller jusqu’à s’installer comme voyant-guérisseur) ; la conviction d’être “ protégé ” se prolonge dans une confiance en soi, dans le sentiment “ d’avoir la baraka ”.

Être familiarisé avec le monde des génies permet en outre de se libérer d’émotions conjoncturelles. Certains djnûns tel Kubaïli Bala ou Ghummami peuvent venir “ ravir ” les initiés Gnawa lorsque quelque problème perturbe leur équilibre familial ou social. Il n’est pas rare donc qu’une brutale possession vienne - de manière dramatique mais efficace - révéler, au grand jour lors d’une lila, un conflit souterrain.

Le besoin d’être possédé

Le système de la possession au Maroc me paraît s’inscrire pleinement dans cette idée exprimée par l’ethnopsychiatre G. Devereux : “ La normalité c’est l’adaptabilité créatrice ”. Dans nos sociétés occidentales, le langage des émotions s’est vu soumis progressivement à des contraintes très strictes. L’Église, l’État, l’Armée, nous expliquent les sociologues et les historiens, sont autant d’institutions ayant eu pour mission de brider les corps, de contrôler les affects, de soumettre les émotions à la Raison. Mais l’Homme est-il réductible à un être normalisé émotionnellement ? Aux interrogations du psychiatre B. Cyrulnick (L’ensorcellement du monde, Paris, Odile Jacob, 1997) sur l’importance chez les humains de “ l’avidité sensorielle ”, de “ la faim de signifiants ” font écho les réflexions des anthropologues du religieux évoquant qui la force de “ l’émotion des profondeurs ” (E. Durkheim), qui la puissance impétueuse du “ sacré sauvage ” (R. Bastide), qui “ la violence du sacré ” (R. Girard). Dans cette optique, la possession joue un rôle efficace et je laisse le dernier mot à Michel Leiris qui, au terme de son étude du culte de possession éthiopien le zar, écrit (1958) :

“ Être un autre que soi, se dépasser dans l’enthousiasme ou dans la transe, n’est-ce pas un des besoins fondamentaux des hommes et ne doit-on pas porter à l’actif de maintes sociétés non ou peu industrialisées de s’être dotées des moyens de répondre, de la façon la plus directe et la plus corporelle si l’on peut dire, à ce besoin que ne saurait satisfaire aucune organisation sociale axée sur la production sociale pure et, de ce fait, plus ou moins fermée à l’irrationnel ? ”.

 

 

 

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L'Auteur

B. Hell - mission en MongolieBertrand Hell est anthropologue, spécialiste du chamanisme et de la possession, professeur titulaire d'ethnologie à l'Université de Franche-Comté et chercheur au Centre d'Études Interdisciplinaires des Faits Religieux de l'EHESS. Ses travaux se situent au croisement de l'anthropologie religieuse et de l'anthropologie de la maladie et portent sur l'efficacité symbolique des cultes et des rituels liés aux esprits.

Il est connu pour ses recherches menées dans la longue durée au Maroc (en particulier sur la confrérie des Gnawa) et à Mayotte. Soucieux de s'inscrire dans une perspective anthropologique, il a aussi entrepris des enquêtes de terrain au Brésil, en Mongolie, en Haïti et plus récemment chez les Navajo.

On pourra consulter un entretien vidéo avec Bertrand Hell, illustré d'extraits de paroles de chamans modernes à l'adresse : http://www.parislike.com/FR/addicts-bertrand-hell-video.php

Notes - Bibliographie

  Le sang noir. Chasse et mythe du Sauvage en Europe, Paris, Flammarion, 1994

ouvrage réédité en 2012, Paris, L'Œil d'or - Prix Jacques Lacroix de l’Académie française en 1995.

  Possession et chamanisme. Les maîtres du désordre, Paris, Flammarion, 1999

Ce livre expose des enjeux théoriques de ces phénomènes, notamment dans chapitre 2, et présente son propre éclairage en l'illustrant particulièrement par ses connaissances de la confrérie des Gnawa. Signalons un article de Jacqueline Monfouga-Broustra , Sur l'efficacité symbolique, Psychanalyse et anthropologie, dans Cahiers internationaux de Sociologie, Vol. CX, 2001, [171-176], article écrit à la lecture de ce ouvrage.

  Le Tourbillon des génies. Au Maroc avec les Gnawa, Paris, Flammarion, 2002

Ce livre, fruit d'une longue expérience de l'auteur auprès de cette confrérie, nous donne à voir de l'intérieur ces négociations avec l'invisible, négociations traversées de souffrances, de joies, de fêtes, d'odeurs, de couleurs et de rythmes. Bertrand Hell y revendique son empathie et sa subjectivité.

  Soigner les âmes. L'invisible dans la psychothérapie et la cure chamanique, (avec E. Collot), Paris, Dunod, 2011

voir notre compte-rendu de lecture

Chapitre d'un ouvrage collectif :

"Travailler" avec ses génies. De la possession sauvage à la possession maîtrisée chez les Gnawa du Maroc, dans La politique des esprits, (sous la dir.) de Aigle Denise, Brac de la Perrière Bénédicte, Jean-Pierre Chaumeil,  publié par La Société d'ethnologie, Université de Paris X, Nanterre, 2000

 

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