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Cessation de la
consultation interculturelle
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Avant même d'expliquer les
raisons et les conditions de cette cessation, je voudrais
rendre un hommage appuyé aux 54 médiateurs - interprètes
qui nous ont accompagnés jusqu'à aujourd'hui. Pour
quelques-uns, ce fut le temps d'un passage, pour d'autres
celui d'un stage, même si beaucoup d'entre eux ont continué
de venir au-delà, et pour d'autres encore ce fut plus d'une
dizaine d'années.
Sans eux, cette aventure
humaine et clinique n'aurait jamais pu exister. Grâce à eux,
plus d'un millier de personnes venues de tous les continents
porteuses d'expériences douloureuses, quelquefois inhumaines,
ont pu être écoutées, et nous l'espérons entendues, dans
les langues de leurs histoires et de leurs sentiments.
Sans eux, nous n'aurions pas
pu prendre soin de toutes ces personnes égarées dans les
migrations, blessées par les exils, les guerres ou les
violences ordinaires de la discrimination et qui ont pu, à défaut
d'être guéries, retrouver un peu de parole et de
dignité.
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Les deux temps d'une fermeture
Septembre 2010. Depuis plus
de 15 ans, le Centre hospitalier de Cadillac, avec l’Unité
de consultation interculturelle, assurait une mission de
service public auprès des populations migrantes en difficultés
psychologiques, et cela grâce à notre appui constant -- humain,
logistique et financier --.
L’association ne pouvait plus
contribuer bénévolement au fonctionnement de l’Unité de
consultation interculturelle et malgré nos demandes réitérées,
le Centre hospitalier n'a pas souhaité s’engager
sur l’ensemble des conditions jugées nécessaires pour la
poursuite de cette consultation. Suite à ce constat, l’Association
Géza Róheim a donc été contrainte de se désengager
de son implication dans cette action.
Dans un souci déontologique, les
professionnels, les organismes et institutions qui nous adressaient
des patients ont été prévenus de cette nouvelle disposition. Il
en a été de même pour les patients, en prenant soin des
situations cliniques.
Décembre 2010. Pendant le
dernier trimestre, la consultation a pu se maintenir mais dans un
autre cadre grâce au soutien continu de la ville de Lormont. Il
faut particulièrement remercier M. Jean Touzeau, maire, M. Alain
Chauvet, chef de projet Politique de la ville et M. Jacques
Pavot (CCAS) qui nous a permis de disposer des
locaux communaux.
Cependant une convergence de
facteurs rendait trop problématique la poursuite de ces actions en
2011. Lors d'une Assemblée générale tenue fin décembre, la décision
a été prise de ne pas demander le renouvellement de l’ensemble
des subventions, certaines d'entre elles devenant incertaines et
trop restrictives. [note]
Au nom de l’association, je tiens
à remercier chaleureusement tous ceux qui au cours de ces années
nous ont fait confiance et nous ont aidés à exercer ces actions
destinées à des publics en difficultés.
L'Association Géza Róheim
va désormais poursuivre son existence avec d'autres objectifs. Nous
pensons que notre expérience clinique interculturelle, dans ses
aspects pratiques et théoriques, notre expérience de la médiation
et de la traduction, notre expérience de la psychothérapie et de
la vie de groupe, doivent pouvoir être transmises. Aussi, espérons-nous
élaborer des programmes et des actions de formations pouvant bénéficier
à tous ceux qui oeuvrent dans ces domaines. Il va de soi que nous
poursuivrons nos réflexions et nos recherches. Nous continuerons de
les exposer et de les faire connaître au plus grand nombre sur ce
site web et par tout autre moyen de publications. - Mars 2011 - Patrick Fermi
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« Les hôtes et les étrangers
doivent occuper une place dans ton royaume. Fais-leur bon
accueil et laisse aux étrangers leur langue et leurs usages,
car il est bien faible et bien fragile le royaume qui emploie
une seule longue et partout les mêmes coutumes. Ne manque
jamais d'équité ni de bonté envers ceux qui sont venus se
fixer ici. Traite les avec bienveillance, afin qu'ils se
sentent mieux chez toi que dans n'importe quel autre pays »
Etienne 1er de Hongrie (959 - 1038) exhortation à son fils
Imré |
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Nos
archives actuelles ont encore des lacunes mais nous ne désespérons
pas de compléter cette image. |
[note]
Cette
convergence de facteurs a entraîné une nouvelle configuration de nos
disponibilités individuelles et collectives. En effet, les départs
à la retraite, la fin de la convention avec le centre hospitalier de
Cadillac, les situations personnelles et professionnelles des
psychologues qui auraient pu poursuivre nos missions – entre ceux
qui ont trouvé un poste, ceux qui sont à la recherche d’un emploi
et ceux qui sont en situation précaire --, sont autant de facteurs
qui ne nous permettent plus d’exercer un bénévolat dans des
conditions décentes. Pour les mêmes raisons, nous avons considéré
qu'il n'était pas juste d'engager les médiateurs - interprètes dans
un cadre professionnel incertain et ne présentant pas les garanties
que tout salarié est en droit d'attendre.
Depuis une dizaine d'années,
l'esprit des subventions d'état s'est inversé. A l'origine cet
esprit favorisait des initiatives citoyennes créatives, suppléant
souvent à des insuffisances et des absences de missions publiques. Il
est bien sûr évident que l'utilisation de l'argent public doit être
soumis à une supervision mais au fil des années, les conditions de
ces subventions ont progressivement orienté ces initiatives dans des
axes prioritaires aux marges de liberté de plus en plus étroites.
Les associations sont ainsi devenues les outils d'une politique venue
d'en-haut : vos actions doivent se faire de telle façon, elles
doivent s'adresser à tel public, résidant à tel endroit, elles
doivent avoir tels effets etc. Cette socio-politique du pré-découpage
n'est pas propre au champ associatif car on voit bien tous les jours
qu'elle concerne aussi l'ensemble des organismes et institutions
publiques. Qui n'a pas rencontré, à l'école, à l'EDF, à l'hôpital,
à la Poste etc., un de ces nouveaux cadres sans expérience venir
expliquer comment il faut travailler. Les "moyennes et
grosses associations" courbent le dos car leur pérennité en dépend
et elles ont l'avantage de disposer de moyens logistiques et humains
permettant de répondre aux innombrables sollicitations d'évaluations,
de commissions, d'informations, de réunions, d'audits etc. Il faut
savoir que les coûts de ces derniers sont très souvent démesurés.
Certains d'entre eux peuvent représenter plusieurs années de nos
subventions. Tout est dans la vitrine, le magasin est vide.
Bref, ces sollicitations épuisent les disponibilités, les énergies
et les passions qui animent le bénévolat et annihilent l'esprit de
créativité dont l'avenir a tant besoin. - retour
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