Féminin - Masculin

Représentations traditionnelles

dans l'aire culturelle sino-vietnamienne

Ecole au Vietnam - Photo Dominique Hemous

 

Ce texte, revu et augmenté, fut initialement une communication aux 8e Rencontres Européennes organisées par
 Eveil Culturel et Petite Enfance,  Université Victor Segalen Bordeaux 2 en octobre 2002. - Patrick Fermi -

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Toutes les pages web de Patrick Fermi relatives au Viêt Nam, revues et complétées, associées à de nouveaux textes, sont réunies dans un livre, Fragments de culture vietnamienne traditionnelle.

 

Aire asiatique et indonésienne

Autres textes :

 

 
 
 





spacepourquoi ce titre ?

spaceLa notion d'aire culturelle sino-vietnamienne ne doit pas se comprendre ici comme une réalité en soi. Elle vise seulement à délimiter une aire géoculturelle comprenant la Chine et le Việt Nam afin de la distinguer, d'une part de celle plus marquée par l'influence indienne - Birmanie, Thaïlande, Cambodge, Laos -, d’autre part de l’Extrême-Orient - Japon, Corée -  mais aussi, au sud, de l’immense zone indonésienne. En effet, chacune de ces zones présentent des caractères trop singuliers pour que l’on puisse les considérer ensemble.

spaceLa Chine et le Việt Nam sont en réalité des sociétés extrêmement composites. Chacune d'elles comprend une cinquantaine d'ethnies [1]. Il y a donc à préciser que cet aperçu concerne exclusivement les Han pour la Chine et les Việt ou Kinh pour le Việt Nam. Parmi les migrants du Sud-est asiatique en France quelques milliers représentent des ethnies dites minoritaires ; c’est par exemple le cas des Hmong. Il ne s'agit pas de les oublier mais leurs particularités ethnologiques seront ultérieurement prises en compte dans  une page spécifique.

spaceLa Chine compte environ 1.265.000.000 personnes. Le Việt Nam en compte 79 millions mais avec une croissance démographique de 3 p. 100 par an, soit un doublement en 24 ans. De plus, et cela est fondamental, 45% d'entre elles ont moins de 18 ans.

spaceLes représentations dites traditionnelles constituent encore le soubassement profond des conceptions de l’enfant, du féminin et du masculin même si les conditions sociopolitiques actuelles et les mutations des sociétés concernées sont particulières.


spaceIntroduction

spaceCes réserves étant faites, le thème des filles et des garçons dans les cultures ne m’a pas semblé pouvoir être envisagée sans questionner les représentations culturelles de la Femme et de l’Homme, sans questionner les rapports entre les hommes et les femmes, sans questionner les relations du féminin et du masculin. Pour le faire, j’ai choisi trois portes d’entrée : l’écriture, la parenté et l’éducation.


spacePourquoi l’écriture ? Et pourquoi l’écriture comme première porte ?

spaceJe crois que tout le monde ici a une vague idée de ce qu’est l’écriture chinoise, qualifiée improprement d’idéographique, mais je suis presque certain que peu de personnes ont envisagé les conséquences sociologiques et psychologiques d’une telle écriture. Si je vais en Espagne sans en connaître la langue, je peux cependant lire et prononcer, peut-être mal mais je le peux, les écritures que je vais rencontrer. De plus, dans un grand nombre de cas je pourrais parfois deviner le sens d’un mot grâce à la proximité linguistique du français et de l’espagnol. Si je poursuis mon voyage jusqu’au Maroc, ma situation ne sera pas exactement la même. Là, si je suis confronté à de l’écriture arabe mes compétences de lecture et de compréhension sont réduites à néant. Malgré tout il me restera la possibilité de transcrire en caractères latins les mots entendus car le français comme l’arabe utilisent des signes permettant de transcrire les phonèmes, c'est-à-dire chacun des sons de la langue. Vous remarquerez aussi que si j’avais choisi de rester chez moi au lieu de voyager, j’aurais pu essayer de lire Les essais de Montaigne dans leur forme originelle parus à Bordeaux en 1580. Il y a donc un peu moins de cinq siècles et pourtant j’aurais alors rencontré un lexique et des tournures de phrases dont le sens pourra m’être incertain, voire même incompréhensible.

spaceIl en est tout autrement dans le monde chinois et plus largement asiatique utilisant les sinogrammes. En effet si je suis un japonais ou un vieux lettré vietnamien voyageant en Chine, je serais à même de lire et de comprendre un très grand nombre de signes, voire de pouvoir lire un journal sans pouvoir toutefois prononcer ni comprendre un seul mot de la langue locale. Vous aurez noté que cette situation est pratiquement à l’inverse de celle de mon voyageur français précédent. De plus, si ces voyageurs ou un autochtone chinois se décidaient à lire le Dao De Jing (ou Tao-tê-king) (anc. 道德 經 - mod. 道得经 ) de    Lao-tseu (老子: Lǎozǐ) écrit il y a vingt trois ou vingt quatre siècles, ils pourraient accéder directement à la pensée de ce dernier mais, encore à l’inverse de Montaigne, sans pouvoir le prononcer réellement comme les Chinois de l’époque.

spaceVous vous demandez peut-être quel est le rapport de tout ceci avec le thème d’aujourd’hui ? Il est pourtant fondamental. L’écriture de ce qui est signifié, lorsqu'elle possède un rapport pictographique avec ce signifié, ce n’est pas toujours le cas, nous renseigne spontanément sur les représentations mentales de ceux qui l’ont créée et sur les représentations mentales induites chez ceux qui l’utilisent encore aujourd’hui. Il se trouve que les mots femme [ ], homme [nán : ], se marier [ : ] portent encore distinctement les traces de leurs créations et de leurs histoires.

 Ces figures empruntées à  La vie sexuelle dans la Chine ancienne de Robert van Gulik indiquent, de la Figures de Gulikgauche vers la droite, une probable évolution des caractères. Ainsi la figure D représenterait une figure humaine agenouillée avec de gros seins (en E). Cette interprétation n'est pas saugrenue puisque aujourd'hui encore nous la reconnaissons dans le sinogramme de la mère (), . Le dessin homme - masculin (fig.H) représente un champ cultivé et le signe travailler. Pour van Gulik « Ceci donne à penser qu'ils considéraient avant tout la femme comme la mère nourricière, envisageaient d'abord l'homme dans sa fonction de laboureur » [2]. Le caractère (fig.C : se marier - prendre femme) fut d'abord (fig.A) une femme et à sa droite le signe de prendre qui se traduit par le dessin d'une main pinçant une oreille. Une autre forme de marier est qui se prononce jià. Après le signe de la femme, on peut reconnaître (jiā), signe qui d'une part indique la prononciation et d'autre part signifie la maison, dans le sens de la famille. Il est lui-même composé par un cochon sous un toit. Cet ensemble paraît témoigner de la représentation là encore d'une référence agricole et tend aussi à indiquer le sens (patri ou virilocal) du mariage : emmener une femme dans sa maison. Cette évolution des caractères n'est pas sans quelques incertitudes mais dans la mesure où de telles interprétations sont encore données aux enfants et à tous ceux qui apprennent le chinois, ne serait-ce qu'à des fins mnémotechniques, elles véhiculent des représentations directement et hautement connotées. Bien sûr ces caractères en traversant des millénaires se sont aussi parfois chargés de représentations propres à tel ou tel moment historique ou à telle ou telle organisation sociale. Ainsi de nombreux auteurs considèrent que le caractère de "nom de famille", xìng, composé justement par celui d'une femme suivi du verbe naître, , témoignerait d'une antique société matriarcale ou d'une époque dans laquelle les enfants ne connaissaient pas leur père. Ce sont là des conjectures qui ne sont guère économiques sur le plan épistémologique ; il serait par exemple plus probable d'hypothéquer avec prudence une transmission matrilinéaire du nom, cela ne présumant pas nécessairement de tel ou tel type de société.

spaceOn peut regretter que ces questions soient généralement ignorées par les psychologues et les psychanalystes. Il est aisé de comprendre que l’écriture est non seulement vectrice d’une représentation mentale ancienne mais qu’elle exerce aussi par sa transmission une induction sur les représentations culturelles actuelles. Cela, notre écriture syllabique ne saurait le faire de manière directe car le lien entre le signifié et le « son écrit » qui le représente est totalement arbitraire. Ce n’est pas tout à fait pour notre orthographe et plus largement notre grammaire qui  induit elle aussi un certain nombre de représentations ; qu’un seul masculin perdu au milieu de cent féminins puisse déterminer un adjectif ou un participe passé en est un exemple flagrant.

spaceLes mots chinois et vietnamiens sont quant à eux invariables et donc ne portent pas le nombre, singulier ou pluriel, ni le genre, masculin ou féminin. Là aussi, il y aurait à explorer les relations entre ces considérations et la vie psychique. Je pense par exemple à une petite fille turque arrivée en France vers 8-9 ans, qui avait certaines difficultés en français parce que a-t-elle dit : « je ne comprends pas pourquoi les chaises sont des femmes et les fauteuils des hommes ». Il n’est certainement pas anodin pour l’imaginaire que le soleil soit masculin en français et féminin en allemand ou en arabe.

spaceCette femme agenouillée que l’on marie à un agriculteur en lui tenant l’oreille, en fondant une famille, s'inscrit aussi dans un système de parenté. Vous aurez compris que j’en suis à ma seconde porte d’entrée, la question de la parenté.


spaceLa question de la parenté

spaceL’aire culturelle sino-vietnamienne est séculairement patrilinéaire. Cela signifie pour le dire rapidement que l’enfant appartient, s’affilie à la chaîne des hommes et des femmes par alliance dont le dernier maillon (pour l’enfant) est son père. La patrilinéarité est avec la matrilinéarité et la linéarité indifférenciée ou bilinéaire l’une des modalités de filiation. Si l’on regardait une carte du monde où ces modalités seraient représentées, on y verrait une mosaïque étalée sur chacun des continents et souvent même, nonobstant les codes modernes de la famille, une mosaïque dans un même pays. C’est justement le cas en Chine et au Việt Nam, pays dans lesquels un certain nombre de sociétés minoritaires sont matrilinéaires. Il y aurait même en Chine Une société sans père ni mari – Les Na , ce qui est précisément le titre d’un ouvrage de Cai Hua. Les Na sont une « ethnie » chinoise résidante dans l’aire himalayenne [3].

spaceQuoiqu’il en soit les Han et les Việt (ou Kinh) sont traditionnellement patrilinéaires et cette filiation se prolonge bien entendu dans le monde des morts. Quand on sait l’importance fondamentale du Culte des Ancêtres dans ces sociétés, on peut comprendre les enjeux d’une caractéristique particulière : la femme en épousant un homme quittait réellement sa famille et s’intégrait dans la chaîne de son mari. Le petit garçon et la petite fille étaient élevés et éduqués très tôt en considérant cette caractéristique. La petite fille savait et le plus souvent avec douleur, que sa future belle-mère représenterait pour elle sa prochaine famille. La littérature, les dictons, les proverbes sont chargés de drames psychologiques relatifs à la rupture familiale et aux relations complexes entre la bru et la belle-mère.

spaceA la différence de la langue française, les termes de parenté chinois et vietnamiens sont extrêmes riches . Cela signifie, si vous imaginez un arbre généalogique sur trois générations que chacun des individus qui le compose possède pratiquement un terme de parenté spécifique. En français si je vous parle par exemple d’un oncle, d’une tante, d’un cousin, d’un grand-père etc., vous ne pouvez pas savoir précisément de qui je parle : s’agit-il d’un frère à mon père ? du mari de ma tante maternelle ? du frère de ma mère ? En chinois, comme d’ailleurs en arabe pour certains de ces termes, l’appellation indique précisément la place de chacun et ceci va jusqu’à distinguer les diverses positions. Ainsi par exemple je n’appellerais pas du même terme un oncle selon qu’il est le frère aîné ou le frère cadet de mon père. Je pense qu’il est important ici de noter, et les enfants l’apprennent très tôt, qu’à la séparation précise des sexes se superpose en la modulant un système classificatoire dans lequel la variable principale est la classe d’âge. L’importance du rang de chacun reste actuellement d’une très grande importance mais il est manifeste que les conceptions des relations hommes – femmes sont en pleine mutation. Le tableau ci-dessous en est une illustration partielle.

grand-père
paternel
ông nội
grand-mère
paternelle
bà nội
grand-père
maternel
ông ngoại
grand-mère
maternelle
ngoại
tante -

tante +

oncle -
chú
oncle +
bác
père
cha, bố
mère
mẹ, me
tante +

tante -

oncle +
cậu
oncle -
cậu
frère +
anh
soeur +
chị
EGO soeur -
em gái
frère -
em trai

Termes de parenté vietnamiens - Limités ici à un segment et ne considérant que la parenté directe (oncles et tantes par alliance sont absents) - Qqs variations régionales existent. Par exemple dans le nord les tantes+ pater. et mater. deviennent parfois bác (gái) ou l'oncle- mater. devient chú.

spaceL’apprentissage de ce système classificatoire est extrêmement précoce et « douloureux » mais, faut-il le préciser, au regard étranger. En effet les adultes, et les enfants maîtrisant même sommairement le langage, ne semblent pas y voir autre chose qu'une "correction" ordinaire. L’ethnologue et psychanalyste Géza Róheim pensait que les cultures se différenciaient par des traumas infantiles spécifiques, il me semble que l’apprentissage des signifiants définissant la place du Sujet pourraient faire partie de ce type de traumas. Je n’ai pas le temps de développer cette question évoquant seulement le fait que l’usage du signifiant Je le décline de multiples façons et cela en relation avec la place respective des sujets se parlant. Les pronoms personnels sont le plus souvent remplacés dans les relations quotidiennes par des termes de parenté simplifiés devenant ainsi des termes d'adresse. Comme l'écrit Nelly Krowolski : « Chacun doit alors être à même de classer son interlocuteur dans la catégorie des parents qui convient tout à la fois à son âge, à son sexe, à son statut ou à sa position hiérarchique.[4] » Il est d'ailleurs significatif que les traductions strictes des pronoms personnels, je [tôi ou tớ], tu [mày], il [], renvoient respectivement à serviteur, mendiant, "esclave[nô]".[4bis]

spaceLa différence des sexes évoquée dans la première partie doit donc être modulée par les variables du système de parenté. Les références familiales "dominent" d'une certaine manière la question des genres. Cela ne signifie pas que les genres y soient absents, bien au contraire, mais que s'y superposent les degrés de collatéralité et la position des générations (ascendantes et descendantes).


spaceÉducations

spaceJ’en viens à ma troisième et dernière porte, l’éducation. Il va s’en dire que l’essentiel de l’éducation classique visait à reproduire les conceptions du féminin et du masculin que nous venons d’entrevoir. Les mondes chinois et vietnamien sont traversés par trois courants de pensée principaux : la taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme. Ces trois courants se sont élaborés sur une pratique sociale plus ancienne encore, le culte des ancêtres [5]. Je ne peux que schématiser mais il faut savoir que les influences de ces courants ont été très diverses et très inégales selon les époques, les dynasties, les contextes historiques etc. Il semble cependant, considérant le seul secteur de l’éducation des enfants que ce que l’on nomme confucianisme ait eu une importance prépondérante. La notion d’un dieu unique, créateur de ce monde et en régissant le cours est absent de la pensée sino-vietnamienne. Aucun de ces trois courants n’est à proprement parler une religion au sens où nous l’entendons dans le monde judéo-chrétien–musulman. Pas de dieu unique et créateur, pas de prophètes, pas de vérités transcendantes. Chacun de ces courants à sa manière propose des représentations du monde inscrites dans le sensible de la vie quotidienne, dans le politique, dans le social, dans la famille, dans l’éducation. C’est de cela dont parle le confucianisme. Il régit l’ensemble des rapports sociaux, du gouvernement à la famille, et il le fait en prétendant se conformer à des lois naturelles.

 spaceAinsi et pour nous en tenir arbitrairement à la différence des sexes conçue comme phénomène naturel, le confucianisme présuppose des attentes et des idéaux différents selon les genres. Au-delà de la piété filiale [孝 : (ch) xiào - (vn) hiếu], racine de tout le reste, d’un homme, on attend des qualités, des responsabilités, des conduites alors que d’une femme, on attend des vertus, des talents et des devoirs. Chacune de ces catégories contient un nombre précis d’éléments ; par exemple les vertus féminines sont au nombre de quatre, le sens du travail, le maintien, le langage réservé et la conduite digne, les cinq qualités d’un homme doivent correspondre à la tolérance humaniste, à la maîtrise des rites, à l’équité, à la conscience du bien et du mal, à la probité.

spaceTout en prévenant qu’au-delà de plusieurs interprétations, les termes chinois et vietnamiens utilisés se prêtent souvent très mal à la traduction, ce sont cependant ces catégories qui vont déterminer l’éducation des garçons et des filles. Plutôt que de faire un descriptif précis, j’ai choisi de vous présenter des proverbes et des dictons illustrant quelques représentations de l’éducation. Je commencerai par un extrait du Livre des Odes (n°189), l’un des cinq classiques confucéens qui me semble donner le ton général.

Si un fils naît au prince
Qu'on lui donne le lit pour berceau,
Qu'on l'habille de chausses
Qu'on lui donne pour jouet une tablette de jade
Qu'en heureux présage il crie à pleine gorge,
Qu'il revête, le jour venu, les robes d'apparat
et reçoive en partage le fief ou l'empire.

Si une fille naît au prince
Qu'on la dépose sur le sol,
Qu'on l'enveloppe de langes,
Qu'on lui donne pour jouet une navette d'argile,
Qu'une fois mariée elle ne contrarie
ni ses beaux-parents ni son mari et ne fasse rien de répréhensible
Mais donne ses soins à la nourriture et à la boisson
Et n'attire aucun désagrément à ses parents.


spaceJe poursuivrai par un mélange de quelques uns des dictons vietnamiens collectés par Do-Lam Chi Lan dans son excellent ouvrage, La mère et l'enfant dans le Viêt Nam d'autrefois [6]. Ils illustrent :

space1 - L’union et l’alliance obligatoires des parents

space« Avoir un père et une mère c'est mieux,
spaceSinon l'enfant est comme une guitare aux cordes rompues »
spaceCó cha có mẹ thì hơn, / Không cha không mẹ như đờn đứt dây

space
« A chaque panier d'une famille son anse,
spaceSi l'enfant tourne mal c'est la faute des deux parents »
spaceGiỏ nhà nào, quai nhà ấy, / Con hư cũng tại song thân


space2 - La nécessité du sacrifice éducatif

space« Quand on a des enfants, on doit souffrir pour eux. »
spaceCó con phải khổ vì con

space« Qui d'un oiseau du ciel peut compter les plumes,
spaceQui élève son enfant en mesurant ses mois et jours de labeur ? »
spaceChim trời ai dễ đếm lông, / Nuôi con ai dễ kể công tháng ngày ?


space3 - La différenciation affirmée des rôles du père et de la mère

space« La mère qui donne cent coups / Ne vaut pas le père qui gronde une fois. »
spaceMẹ đánh một trăm, /  Không bằng cha ngậm một tiếng

space« Mère qui bat ne vaut pas père qui tousse »
spaceMẹ đánh không bằng cha ho

space« La mère éduque l'enfant pour le rendre habile / Le père pour le rendre sensé. »
spaceMẹ dạy con khéo, /  cha dạy con khôn


space4 - L’idée que l’éducation doit être la plus précoce possible

space« Jeune, la branche se ploie, vieille, elle se casse. »
spaceBé chẳng vin, cả gảy cành

space« Il faut modeler la branche tant qu'elle est encore verte,
spaceEduquer l'enfant tant qu'il est encore innocent. »
spaceUốn cây từ thuở còn non, /  Dạy con từ thuở con còn thơ ngây

spaceEt caractéristique confucéenne de base, après la piété filiale, le devoir de savoir, d’être instruit. Il faut souligner ici que le pouvoir politique dans ces sociétés, et cela jusqu’au XXe siècle, appartenait à la classe des mandarins, des lettrés, c'est-à-dire à des personnes ayant réussi les fameux concours, concours en théorie ouverts au plus grand nombre.

space« Mettre au monde des enfants sans les éduquer, les conseiller,
spaceAutant élever des cochons pour manger leurs entrailles. »
spaceĐẻ con chẳng dạy, chẳng răn, /  Thà rằng nuôi lợn cho ăn lấy lòng

space« Cette demoiselle est jolie à croquer, mais ignorante, / Alors qui veut encore d'elle ?
spaceCô kia vừa đẹp vừa dòn, /  Cô không biết chữ ai còn lấy cô ?

space« Laisser à son enfant une malle d'or  /  Ne vaut pas lui enseigner un livre »
spaceĐể cho con đầy hòm vàng, / Sao bằng dạy con một quyển sách ?

space« Ce n'est qu'après avoir élevé son enfant
spaceQue l'on connaît le coeur de ses propres parents. »
spaceCó nuôi con mới biết lòng cha mẹ

spaceDe manière concrète, les enfants n’étaient élevés dans la mixité que jusqu’à l’âge de six ans. Ensuite les jeux se diversifiaient selon les genres mais il faut savoir que ces jeux étaient considérés comme des préparations aux rôles futurs. Je crois cependant que c’est la distance culturelle qui nous permet de faire de telles remarques. Prenez la peine de consulter quelques catalogues de jouets et vous pourrez aisément constater que dans le monde « caucaso-chrétien » (!) les petites filles devraient devenir de bonnes mamans et de bonnes ménagères pendant que les petits garçons seront camionneurs, pompiers, soldats et éventuellement chimistes ou informaticiens.

spaceJe terminerai sur une autre note. Cette conception de la différence des sexes, s’inscrit dans la très classique dichotomie entre nature/féminin et culture/masculin. Elle est relativement comparable à la nôtre mais elle en diffère cependant, peut-être pas aujourd’hui mais dans la longueur de l’histoire dans son rapport à la sexualité. En effet lorsque le confucianisme le plus strict a connu quelques absences ou quelques souplesses, les traditions taoïstes ont toujours manifesté le plus grand intérêt pour la sexualité. La littérature est immensément riche non seulement de textes érotiques mais aussi de pratiques et de savoirs que notre sexologie redécouvre. Le plaisir de la femme encore discuté il y a quelques années était déjà reconnu et souhaité il y a quinze ou vingt siècles. Des méthodes élaborées pour que les hommes puissent mieux y contribuer sont largement décrites. Cela tendrait à indiquer, à travers les miroirs de nos ressemblances et de nos différences, qu’on ne saurait questionner le masculin et le féminin sans interroger la question du pouvoir culturel entre hommes et femmes, question sur laquelle la psychologie et la psychanalyse en général ont peut-être été victimes d’a priori naturalistes [7].

Patrick Fermi - octobre 2002

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Notes et bibliographie

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[1] -  Consultez notre page : La notion d'ethnie. ou - retour -

[2] - Robert van Gulik, La vie sexuelle dans la Chine ancienne, Paris, Gallimard, coll.Tel, n°17, 1971, p.27-30  - retour -

[3] -
Cai Hua, Une société sans père ni mari - Les Na de Chine, Paris, PUF, coll. Ethnologies, 1997 - retour -

[4] - Krowolski Nelly, dans NguyenTung et coll., Mông Phu - Un village du delta du fleuve rouge (Viêt Nam) -, Paris, L'Harmattan, coll. recherches asiatiques, 1999, p.129 - retour -

[
4 bis ] - Sur l'utilisation des pronoms personnels, voir Le moi vietnamien ou
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[
5] -  Consultez notre page : Le culte des ancêtres ou - retour -

[6] - Do-Lam Chi Lan, La mère et l'enfant dans le Viêt Nam d'autrefois, Paris, L'Harmattan, 1998
Pour plus d'informations, voir notre page sur un autre ouvrage : Contes du Viêt-Nam, Enfance et tradition orale.
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[7] - Le terme naturaliste est très polysémique. Pour échapper à toute confusion, il faut ici le comprendre comme qualifiant cette approche philosophique (et/ou culturelle) qui considère l'être féminin comme un état essentiellement naturel. Voir l'intéressante analyse de Françoise Collin, Différence et différend - La question des femmes en philosophie, dans Duby Georges, Perrot Michelle, Histoire des femmes, Plon, 1992, tome 5, chap. 9, p.243 et suiv.. Seul peut-être, John Stuart Mill dans De l'assujettissement des femmes, avait pu penser dès le XIXe siècle la question du pouvoir et de l'inégalité. - retour -

© Association Géza Róheim - Fermi Patrick - 17 septembre 1998.spacerevue le mercredi 04 mai 2011