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Il m'a été difficile de commencer à écrire ces
quelques pages sur Georges Devereux. Les principales données
biographiques sont connues, de nombreuses anecdotes sont
racontées par ceux qui l'ont connu, ses livres et articles les
plus importants sont maintenant disponibles en français. Alors,
où est le problème ? Le problème, en tout cas celui qui fut le
mien, réside dans un paradoxe : plus on en sait, plus on a
l'impression que Devereux nous échappe.
Une
vie singulière ... plurielle
Devereux s'est toujours déplacé, de gré ou de
force, des "cases" dans lesquelles il aurait pu
s'arrêter. En voici quelques exemples.

Georges Devereux est né en Hongrie, à Lugoj, le 13 septembre
1908 : en réalité Lugoj est aujourd'hui le nom d'une petite
ville de Roumanie, au bord de la rivière Timis, au pied des
Carpates méridionales, plus précisément sur le coté ouest des
Monts Banat. En 1908, Lugoj s'appelait Lugós, appartenait à la
Hongrie et cela jusqu'au Traité de Trianon (1920) , sanctionnant
la défaite de 1918, par lequel celle-ci devait céder de son
territoire à la Roumanie. En 1908, Georges Devereux se nommait
György Dobó. Il avait donc une dizaine d'années lorsqu'il
changea de pays et de langue. Ce n'est pas cependant cet
évènement historique qui modifia son patronyme, il n'eut
d'incidence que sur son prénom qui devint Gheorghe.

György Dobó se fit baptiser et devint George(s) Devereux en 1932
ou 1933 [1].
Cet épisode a suscité beaucoup de commentaires, du pressentiment
des horreurs à venir au reniement de la judéité familiale. Je
pense qu'il est ici nécessaire d'appliquer justement la méthode
complémentariste. Du point de vue
socio-historique, il faut savoir que cet effacement n’avait rien
d’atypique pour la bourgeoisie juive de la Mittleuropa, entendue
ici comme représentation géoculturelle, même si la singularité
de chacun y imprimait (ou pas) sa propre marque. Devereux remplace
Dobó mais il semble que ce dernier remplaçait déjà un
patronyme juif. Georges Bloch résume bien cet état de fait :
" ..(avec la "magyarisation" forcée ...des
années 1880 -1890 ...) .. Dans la population juive, surtout
en voie d’assimilation, la fréquence des changements de noms
est dans la logique de l’assimilation — c’est-à-dire de l’effacement
des différences, l’homogénéisation aussi complète que
possible. Ainsi un Weiss devenait Fehér, Klein se changeait en
Kis, Fränkel était devenu Ferenci (puis Ferenczi)… des noms
comme Balint, Radó, Fodor, Varga, Török, Kennedy, etc.,
remplacent les noms anciens. Il est vraisemblable que le nom
" Dobó " soit apparu dans la même période."[2]
Je doute que le processus psychologique du reniement puisse sans
précaution être appliqué à des phénomènes sociaux. Qu'un
ensemble conséquent de personnes modifie ses repères
identitaires dans un contexte socio-historique particulier ne
constitue pas en soi une forme de reniement à moins de
considérer précisément les appartenances socioculturelles comme
des réalités en soi. Ce point de vue, aux yeux de l'histoire et
plus largement encore du raisonnement scientifique n'est pas
recevable. Que de la famille de Devereux ait été juive est
certain mais l'alliance d'une dynamique socioculturelle,
l'évocation d'un ancêtre protestant ayant fui les persécutions
en France et d'une psychologie propre peuvent aussi modifier les
sentiments d'appartenance.
Des points de vues psychique et psychologique, il
est bien évident que de tels phénomènes puissent entraîner de
la douleur, des difficultés d'identifications, des repères
instables mais la douleur ne possède pas en soi la preuve d'un
reniement quelconque. Que de tout cela, Devereux en est fait un
article que tous les commentateurs jugent fondamental, à savoir La
renonciation à l'identité ; défense contre l'anéantissement
[3],
n'est pas plus un "aveu" que ne l'est le mouvement
opposé qui a fait qu'un autre hongrois juif , Théodor Herzl,
soit devenu le promoteur du sionisme. A ce
jour, je ne connais aucun document ou témoignage permettant de
penser que Devereux ait voulu précisément renier la judéité
familiale. Lorsque Tobie Nathan titre sa préface Devereux,
un hébreu anarchiste.[4], soit il dispose
d'éléments permettant de l'affirmer, soit il s'agit d'une figure
de style suscitée par un élan passionnel.
 Autre
exemple ou plutôt condensation de données récurrentes :
Devereux fut physicien, ethnologue, psychanalyste, helléniste
etc. Oui, mais ...
 Physicien.
Il commence effectivement des études de sciences à son arrivée
en France en 1926 mais il les interrompra un peu moins de deux ans
plus tard pour suivre pendant 18 mois une formation de libraire à
Leipzig . Personne n'oserait dire aujourd'hui que cela suffit pour
devenir physicien, même si Marie Curie et Jean Perrin étaient
les responsables de cet enseignement. Il est cependant
vraisemblable que cette approche lui a permis de rencontrer et
d'aborder " les écrits des épistémologues physiciens
comme Jordan, Poincaré, Schrödinger, Bohr .." [FC]
. Il est certain que l'influence de ces travaux sera continue,
traversera toutes les dimensions de son oeuvre et
particulièrement son développement du principe de
complémentarité, fondement de son ethnopsychanalyse.
 Ethnologue.
Après Leipzig et un aller-retour en Roumanie, Gheorghe
Dobó suit des cours de malais à l'école des langues orientales
puis les cours de Marcel Mauss et de Lucien Lévy-Bruhl à
l'Institut d'ethnologie. La langue malaise sera la première à se
rajouter aux quatre langues que le petit Gyuri parlait dès
l'enfance. Sa mère, Margareta Deutsch , était germanophone et
germanophile, à l'opposé (dans les conditions historiques) de
son père Eugen, avocat, socialiste, francophone et francophile.
Ses capacités comme étudiant en ethnologie furent rapidement
décelées et dès 1933, date de son changement de patronyme, une
bourse de la Fondation Rockefeller lui
permit de partir en Arizona chez les Indiens hopi, chez les
Mohaves au Colorado et surtout pendant 18 mois chez les Sedang dans les hauts plateaux du
Centre Viêt Nam. Malgré le respect et l'admiration que j'ai pour
Devereux, je ne crois pas que ses travaux ethnologiques sur la
culture sedang soient du même niveau que le reste de son oeuvre.
A cela, il y a certainement de nombreuses raisons. Parmi elles, je
retiendrais sa relative jeunesse, il a alors à peine 25 ans, et
ce qu'il exprimera lui-même, un contre-transfert très négatif
vis à vis des Sedang. Devereux appelle par exemple Moï ceux
qu'il étudie (et ses commentateurs continuent en 2002) or
Devereux sensé parler leur langue ne peut être sans savoir que
ce mot n'est pas sedang mais vietnamien (sous la forme Mọi)
et signifie "sauvage - barbare" avec une connotation
péjorative bien plus grande que le mot de primitif utilisé dans
les discours colonialiste et ethnologique de l'époque. Il suffit de lire L'image de l'enfant
dans deux tribus, Mohave et Sedang [5]
pour y trouver une quasi caricature des Sedang. Nous sommes loin
des travaux de Georges Condominas sur les Mnong Gar. Il est vrai
que ces derniers ne s'inscrivent pas dans le même réseau
culturel que les Sedang mais il n'empêche qu'ils partagent un
grand nombre de points communs tels l'importance des génies, les
sacrifices d'animaux, des conceptions proches de la maladie, des
relations comparables à l'écosystème etc.
Il en est autrement avec Ethnopsychiatrie des
indiens mohaves, dans lequel, comme l'écrit Simone Valantin
dans un commentaire de cet ouvrage paru dans Carnet Psy (n°27),
"se construit sous nos yeux un champ épistémologique
nouveau à l'époque, appelé ethnopsychiatrie." C'est
là, à notre humble avis, le noyau fondamental de l'apport de
Devereux à l'ethnologie.
 Psychanalyste.
A ses propres dires, Devereux n'a réellement connu la
psychanalyse que relativement tard. "J'ai lu Róheim quand
j'étais dans la jungle indochinoise ... je me suis demandé s'il
était fou ... à mon retour j'ai tout lu sauf Freud ... à partir
surtout des travaux de Rivers ... ce qui m'a réellement convaincu
ce sont en 38 mes travaux sur la psychiatrie mohave ... je me suis
dit "mais c'est du pur Freud qu'ils me prêchent là ... je
me suis alors converti à Freud."[FC] En 1938, Devereux a 30 ans, depuis 3 ans
il est citoyen américain et a soutenu son doctorat (Ph.D.) sous
la direction de Kroeber, celui qui en 1920 puis en 1939 s'est
élevé contre les vues de Freud soutenues dans Totem
et tabou.( voir notre page).
Malgré cet esprit critique, l'anthropologie anglo-saxonne avait
ouvert le débat avec la psychanalyse (notre page sur Malinowski), ce que l'école française
n'avait pas encore fait. Cet élan sera interrompu par la guerre
à laquelle Devereux participera comme officier de liaison avec
les autorités françaises en Extrême-orient. Ce ne sera donc
qu'en 1946 lors d'un retour en France que Devereux commencera une
analyse personnelle avec Marc Schlumberger. Devereux a alors 38
ans, a déjà publié quantité d'articles et son analyste, formé
par Laforgue puis Nacht, est son aîné d'à peine 8 ans et est
connu pour sa phobie de l'écriture. Nous ne saurons probablement
jamais ce qui s'est passé entre les deux hommes, toujours est-il
que Schlumberger mit fin à l'analyse après une année et
encouragea Devereux à repartir aux Etats-Unis afin de prendre un
poste offert par Karl Menninger à Topeka, au Kansas, dans un
hôpital spécialisé dans le traitement des vétérans. Le
problème raconté et commenté par Elisabeth Roudinesco
(op.cité) est que Devereux attendra une lettre de recommandation
de son analyste à Menninger, lettre qui arrivera mais semble-t-il
en termes négatifs. A l'époque, aux Etats-Unis, notamment pour
les non-médecins, cela est un drame pour la carrière (de
psychanalyste) de Devereux. Il sera soutenu avec force par Géza
Róheim, entreprendra une seconde analyse avec Robert Hans Jokl,
lui aussi juif hongrois, et finira après beaucoup de difficultés
par être admis à la Philadelphia Psychoanalytic Society, ce qui
lui permettra plus tard, en 1964, de pouvoir être reconnu comme
membre adhérent (seulement !) de la Société Psychanalytique de
Paris.
Entre temps, avait été publié Psychothérapie
d’un Indien des Plaines (1951), Devereux avait quitté
Topeka pour Philadelphie où il enseigna l'ethnopsychiatrie à la
faculté de médecine de Temple University. Il était aussi
installé comme psychanalyste à New York jusqu’en 1963, année
de son départ pour la France. Ce retour à Paris où il finira
ses jours en 1985 est le temps fort de sa véritable
reconnaissance, non pas comme psychanalyste dans le champ clinique
mais comme anthropologue fondateur de l'ethnopsychiatrie et de
l'ethnopsychanalyse. Son expérience de psychanalyste praticien
aura duré une dizaine d'années et aura donc été
essentiellement américaine.
 Helléniste,
historien. Les interventions de
Fernand Braudel, Claude Lévi-Strauss et Roger Bastide ramènent
Devereux en France, en créant pour lui une chaire
d'ethnopsychiatrie " dans une Ecole où les seuls
non-conformistes sont ceux qui n'ont aucune audace intellectuelle
et où feu le professeur Marcel Mauss m'enseigna jadis à faire la
différence, dans l'étude de l'homme, entre la science et ce qui
n'en est que le vain apparat." [6] L'Ecole, c'est bien
sûr l'Ecole Pratique des Hautes Etudes devenue aujourd'hui Ecole
des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Cette reconnaissance ne
suffira pas cependant à faire disparaître le sentiment
d'incertitude (Fethi Benslama parle de dépressivité, de
mélancolie) [FC]
avec lequel Devereux a semble-t-il vécu depuis son enfance. Il
semble bien que cette "assise" à l'E.P.E.H. n'a pas
toujours été suffisamment contenante ; une lettre de Balint au
Pr Wallace Ironside (Nouvelle-Zélande), datée de 1969, montre
que Devereux cherchait malgré tout un autre poste, inquiet, pour
ne pas dire angoissé, parce qu'il croyait «..que l'Europe [..
allait vivre..] une catastrophe majeure qui commencera en France
ou en Italie ..»Elle ne suffira pas non plus à freiner son
insatiable appétit de connaissance et de recherche.
«Depuis mon Ph.D. (1935), je n'ai
pas eu une seule fois une situation aisée pendant plus d'un an,
pas plus que je n'ai été accepté dans les enceintes consacrées
de l'"Academy". En fait, j'ai appris seul l'alphabet
grec, à l'âge de 55 ans... (..) C'est caractéristique de ma vie
d'insécurité qu'au printemps 1981 - à 73 ans - je me sois
soudainement aperçu que, pour la première fois, mon avenir
était assuré, et cela malgré le modeste montant des chèques de
retraite. A 76 ans, je suis toujours comme les Athéniens de
Thucydide : je n'accorderai de trêve ni aux autres ni à
moi-même.»[7]
Bien évidemment Devereux ne s'est pas arrêté à
l'apprentissage de l'alphabet et en quelques années à peine, il
en est venu à commenter et à interroger les textes anciens avec
son propre style et sous l'angle de l'ethnopsychanalyse.
Ethnologue, psychanalyste, helléniste, la vie de Devereux paraît
faite d'étapes, de phases, de strates disjointes mais en
réalité quelques fils traversent en continu les périodes et les
disciplines parcourues par Devereux. La sexualité, noyau de la
psychanalyse, est déjà dans sa thèse sur la vie sexuelle des
Mohaves, le chamanisme chez Platon était déjà une
préoccupation de l'ethnopsychiatrie, il en est de même pour la
Femme etc. En 1953, pour l'American Anthropologist, Devereux
commentait le livre de Dodds The Greeks and the Irrational
; quelques quinze années plus tard ce dernier l'invitait à
enseigner au All Souls College d’Oxford. Avec un autre
professeur d'Oxford, W.G. Forrest, Devereux écrira Cléomène
le roi fou, Etude d'histoire ethnopsychanalytique.
 De cette période "grecque", Baubo,
la vulve mythique, me paraît le plus original et l'un des
plus "fédérateurs" de l'anthropologie, de la
psychanalyse et de l'histoire. Il suffit d'avoir vu une seule fois
les positions particulières (et la façon de relever la
"jupe") des femmes Sedang (mais
elles ne sont pas les seules en cette région d'Asie) pour penser
que cette image avait frappé l'esprit de Devereux. Lui-même
d'ailleurs dans une forme de dénégation intellectualisée est
proche de l'avouer : " .. la position de ces figurines de
fertilité (dans un article de Margaret Murray)..m'intéressait
... car elles ressemblaient à la position accroupie des femmes
Sedang, dont le sexe n'était cependant pas visible car ..."[8] .
Il est un autre ouvrage paru récemment (2006) associant les
intérêts psychanalytiques et grecs de Devereux, il s'agit de Les
rêves dans la tragédie grecque. Originellement publié en
1976 en anglais, Dreams in Greek Tragedy, ce travail,
redevable en partie aux étudiants de son séminaire de l'année
1968 - 1969, avait donc été aussi pensé en français. Ce livre
collecte et analyse les rêves tels qu'ils apparaissent dans des
oeuvres aussi diverses que les Perses, Prométhée enchaîné,
Agamemnon, les Suppliantes d'Eschyle et dans le Rhésos,
l'Hécube et l'Iphigénie en Tauride
d'Euripide. Il est un rêve retenant particulièrement
l'attention, c'est celui (ceux) de Clytemmestre puisque l'on le
retrouve chez Eschyle (Choéphores), Stésichore (Orestie)
et dans l'Électre de Sophocle. On pourra se faire une
idée de la manière dont Devereux procédait en ce domaine à
travers un article La crise initiatique du chaman chez Platon
(Phèdre 244d-e), consultable
sur ce site. [ ouverture dans une autre fenêtre]
Si l'on en croit des témoins privilégiés comme
Nathan ou Benslama, l'humeur de Devereux avait quelque chose à
voir avec la constellation formée par les mélancolies et les
états-maniaco-dépressifs que la nosographie psychiatrique tend
à distinguer à l'inverse de la psychodynamique psychanalytique
qui, elle, tend plutôt à les associer dans une problématique
commune. Il ne faut pas se méprendre, aucun d'eux n'a dit que
Devereux ait souffert de telles pathologies, mais qu'il portait
cette figure dépressive au coeur de sa personnalité. Benslama
évoque plus précisément encore les rapports douloureux de
Devereux et de sa mère. On sait aussi qu'un frère se suicida à
l'adolescence, vraisemblablement en sa présence. Baubo est au
centre de la douleur déchirante de la déesse Déméter après le
rapt de sa fille Perséphone par Hadès le seigneur des morts.
Baubo(Iambé) en retroussant sa jupe pour montrer de son corps
tout ce qu'il y a d'obscène et de son sexe émergeant la moitié
d'un enfant (Iakhos) riant et s'agitant fut la seule à pouvoir
faire sortir Déméter de sa mélancolie, à la faire sourire,
rire et manger. Il se peut qu'avec Baubo, avec les idées
développées dans Femme et mythe, que l'on soit à la fois
dans la mythologie, l'antiquité grecque et dans le cœur de la
psychologie de Devereux.
Le succès de ses séminaires à l'EPHE ne se
mesure pas à la quantité de ses auditeurs mais à la qualité de
l'enseignement et des liens personnels que Devereux entretenait
avec ses étudiants. Il est frappant lorsque l'on se penche sur
les écrits, les témoignages, les entretiens de ceux qui l'ont
connu, de constater la singularité et l'originalité de chacun
d'eux : visiblement Devereux n'a pas produit de clones, de
disciples ânonnant les mêmes phrases avec le même ton.
Curieusement, certains d'entre eux se sont engagés dans des voies
différentes, parfois conflictuelles, mais tous se réclament de
son influence. Comme le résume bien Diane Kolnikoff : « Devereux
a laissé des élèves mais pas d'école, une pensée originale
mais pas de théorie »[FC].
Georges Devereux est décédé le 28 mai 1985.
Selon sa volonté, ses cendres sont au cimetière mohave de
Parker, au Colorado.
  
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