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A propos

de la prénomination

 

Riadh Ben Rejeb

 

05/03/15

 

 

 

à propos de la prénomination

présentation du texte  et de son auteur

A propos de prénomination est la seconde partie d'un chapitre intitulé Contes, prénoms et culture au Maghreb. Ce chapitre est lui-même le premier du livre : Psychopathologie transculturelle de l'enfant et de l'adolescent, sous titré Cliniques maghrébines. Cet ouvrage publié par les éditions In press en 2003 est un ensemble de textes dans lequel le lecteur pourra trouver des sujets aussi variés que l'abandon, l'adoption et les secrets de famille, les métamorphoses sexuelles en milieu musulman, l'analyse d'une hadra, la violence sacrificielle dans la culture arabo-musulmane, ou l'épilepsie de l'enfant.

Riadh Ben Rejeb est clinicien et professeur de psychopathologie clinique à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis. Il est aussi l'auteur de plusieurs livres consacrés à l'adaptation de tests au contexte tunisien. Nous le remercions de sa coopération, en accord avec M. Serge Perrot représentant les Éditions In Press, 12 Rue du Texel, 75014 Paris.

Les entêtes principales  du texte ci-dessous sont les suivantes :

 

 

contes, prénoms et culture au Maghreb

Lors de nos investigations psychologiques en clinique infantile ou adulte, nous avons été intrigué d'une part par la valeur sémantique de la nomination mais surtout par une certaine association quasi permanente entre prénom ou nom de famille et le tableau clinique du sujet qui consulte. Nous nous sommes rappelé alors que ce n'est certainement pas par hasard que les Daggaza ou meddebs demandent systématiquement le prénom du sujet, celui de sa mère, etc. Ils savent pertinemment qu'il y a une relation directe entre prénom et personne.

 

Nous avons décidé alors d'analyser ce phénomène afin de mieux comprendre la clinique tunisienne et mieux la situer par rapport à la dimension culturelle. L'étude des noms constitue l'objet d'une spécialité qui s'appelle l'onomastique ou encore l'anthroponymie. L'onomastique offre un grand intérêt psychologique, social voire historique. Elle reflète un des aspects sociolinguistiques du Maghreb.

La lecture historique de ce phénomène nous apprend que le prénom tunisien, et par extension maghrébin, a un fond traditionnel et une histoire très ancienne. Ce fond traditionnel est à la fois berbère, noir africain, arabe, musulman mais aussi hébraïque et chrétien. Cet héritage a été souvent enrichi de l'apport de l'influence étrangère, notamment turque mais aussi andalouse.

Les prénoms attestent et soulignent les infiltrations historiques et politiques, la fusion des sangs et le contact des civilisations. Les prénoms maghrébins illustrent donc d'une manière parfaite ce carrefour dynamique de races et de peuples qui a marqué ces pays. Ce travail se limite à l'étude des prénoms. Nous laissons délibérément de côté le nom de famille qui constitue à lui seul l'objet d'une étude indépendante.[4]

Notre étude sur les prénoms est d'ordre sémantique. C'est en effet la recherche du sens et de la signification des prénoms qui constitue le pivot de ce travail.

 

Définitions et historique

Les premières études sur les noms en milieu musulman ont vu le jour au VIe s. de l'hégire (XIIe après J. C.). À cette époque, les historiens et biographes du Proche-orient se sont mis à recenser l'ensemble des informations qui leur sont parvenues pour reconstituer l'histoire de l'Islam depuis ses débuts. Cette période (le VIe siècle) correspond à l'époque médiévale et à la dynastie des Mamelouks.

Ces premiers encyclopédistes se sont essentiellement basés sur l'étude des traditions du Prophète, les Hadiths. Et ils se sont attaqués directement à la « chaîne de transmetteurs » des paroles du Prophète : « Un tel a entendu d'Un tel qui le tenait d'Un tel, etc. » (Sublet, 1991).

Il ressort de ces études que, dans l'usage arabo-islamique, l'appellatif complet d'une personne est normalement constitué des éléments suivants :

  • kunya ;

  • ism ;

  • nasab ;

  • nisba (Encyclopédie de l'Islam, 1960)

a) La kunya est un surnom généralement composé d'Abû (père de) ou Umm (mère de) suivis d'un nom propre: Abû Hurayra, Umm Salama.

b) Le ism est appelé aussi álam, 'ism álam. C'est le nom distinctif de l'individu, le véritable nom propre, le nom de naissance tels Muhammad, Ibrahîm, etc. C'est l'équivalent du mot prénom dans la culture française (Encyclopédie de l'Islam, 1960).

c) Le nasab est une liste de noms d'ancêtres précédés du mot Ibn ou Bint (fils, fille), exemple : Ali Ibn Abî Tâlib.

d) La nisba est un adjectif en -i formé à l'origine sur le nom de la tribu ou du clan de l'individu, puis sur celui du lieu de naissance, d'origine ou de résidence, parfois d'une secte, d'un métier ou d'une profession. Un homme peut avoir ainsi plusieurs nisab qui sont énoncés en allant du général au particulier et en suivant l'ordre chronologique des résidences, ex: al-Qurasî al-Bagdâdî Tumma al-Mawsilî, etc.

e) Peut s'ajouter à cela le laqab, c'est-à-dire un surnom, un titre, une épithète honorifique ou descriptive, ex. : at-Tawîl (le grand), al-'Atrash (le sourd), al-Rashîd (le bien guidé). Ces surnoms ont vu leur apparition historique surtout à partir du IVe siècle. Ils ont été donnés aux princes et hommes d'État, exemples : Sayf Ad-Dawla (l'épée de l'État), Al-Qahir Billâh (le conquérant par la puissance de Dieu), réservés aux hommes d'états; Qutb Al-Arifîn (le pôle des savants), pour les chercheurs dans la casuistique et le fikh ; Al-Imâm, pour les fondateurs des quatre écoles théologiques orthodoxes : Hanîfa, Mâlik, Hambal et Safi'î (Garcin De Tassy, 1878).

 

De tous ces éléments, le ism est le véritable élément arabe qu'on doit recevoir à la naissance et les autres éléments que portera le sujet suivant les circonstances peuvent jouer un rôle d'écran ou de « voile » du nom (Sublet, 1991).

Dans une étude intitulée Mémoire sur les noms propres et les titres musulmans, Garcin De Tassy distingue en matière de désignation de personnes dans le monde musulman sept sortes de noms (Garcin De Tassy, 1878) :

  • des noms propres,

  • les surnoms,

  • les sobriquets,

  • les titres honorifiques,

  • les noms de relation,

  • les titres de fonction ou de dignité et enfin

  • les surnoms poétiques.

Le même auteur propose de classer cette liste dans l'ordre généralement utilisé dans la nomination :

  • Nous trouvons d'abord le surnom honorifique, le laqab, comme par exemple Tâg-uddîn (la couronne de la religion) ;

  • Ensuite vient le surnom de paternité, la kunya, comme Abu-Tayyib (le père de Taïeb) ;

  • En troisième lieu, nous trouvons le nom propre, le ism ou álam. C'est le prénom. II est souvent peu indiqué. Ainsi, on dit Abû Tammâm, Tabarî, et Mutanabbi et on ne dit pas Habib, Muhammad, et Ahmad qui sont pourtant leurs prénoms.

  • En quatrième lieu, nous trouvons un ou plusieurs surnoms distinctifs de descendance, comme Ibn Ahmad. En cinquième lieu, il y a le sobriquet : laqab tel Attawîl (le grand), ou le nom de relation : nisba tel al-Basrî (de Bassorah).

  • Enfin, certains titres de fonctions ou de dignités : mansib.

Cet auteur remarque que ces désignations multiples et l'emploi simultané d'une suite de noms et de titres poussent à des confusions des noms propres avec des sobriquets et les surnoms honorifiques etc. En effet, les noms de relation, de résidence et honorifiques se succèdent et peuvent s'exclure mutuellement.

Plus récemment, l'institution de code d'État civil dans les pays arabes a généralisé l'adoption d'un système beaucoup plus simple qui comprend en général deux noms :

a) le premier est le prénom, en arabe ism, ou ism âlam.

b) le deuxième est en général le nom du père, du grand-père ou d'un ancêtre plus éloigné ou encore un nom reçu par la famille indiquant un métier ou autre, c'est le nom de famille, le patronyme, laqab familial. Le nom de famille est donc d'apparition tardive par rapport au prénom.

 

prénom et Coran

Il est dit dans le Coran qu'Adam a été désigné par Dieu pour être son successeur, son calife : « Je vais établir un vicaire sur la terre [5], et que pour être calife, Dieu lui a enseigné les noms, tous les noms : « Dieu a appris à Adam les noms de tous les êtres »'[6]. Deux questions nous interpellent à ce niveau : D'abord, pourquoi ce premier nom Adam? Ensuite, quels sont les noms qui ont été appris par Adam ?

Il semble, selon Ibn Achour, que le nom Adam vient de adîmu-al-ardh, c'est-à-dire la terre. Adam porte ainsi le nom de la matière avec laquelle il a été façonné (Ibn Achour, 1984).

Toujours selon Ibn Achour, les premiers noms ont été ceux des espèces animales, végétales, des matières, objets, astres, et de tout ce que Adam pouvait voir. Ainsi, parmi ces premiers mots, il y avait les mots Adam, Eve, paradis, Iblîs (le diable), arbre, fruit, etc.

C'est comme si, pour qu'il y ait succession, il fallait qu'il y ait d'abord transmission du savoir. Le Père de l'humanité devait disposer de noms pour traiter et communiquer avec ce qui l'entourait (Ibn Achour, 1984).

 

prénom et Sunna

Selon un hadith du Prophète, tout nouveau-né est tributaire de sa aqiqa (sacrifice) qui lui est sacrifié le 7e jour (généralement un mouton), de sa première coupe de cheveux et de sa nomination [7] (Sâbiq, 1971).

Selon un deuxième hadith, la prénomination est un droit que l'enfant a sur son père [8] (Jouili, 1992).

Le Prophète conseille les ism : Abd-Allâh et Abd-Arrahmân et déconseille les prénoms Yasâr (gauche), Rabâh (gain), Nâjih (réussi), Baraka (bénédiction) et autres, car ils peuvent soit être de mauvais augure et à connotation funeste (Yasâr = gaucherie), soit avoir un sens opposé à la réalité (Rabâh peut être en fait quelqu'un de toujours perdant) (At­Tirmidhî, 1968). Nous sommes là dans ce qui s'appelle « les prénoms opposés » (asmâ-ul-adhdâd) ou les prénoms à effet inverse.

Le Prophète était sensible à cette dimension sémantique des prénoms et n'hésitait pas à changer certains d'entre eux. Ainsi, Zaynib Bint Jahch, une de ses épouses, avait pour prénom Barrata. Il l'a renommée Zaynab. Une seconde épouse Bint al-Hârith avait aussi pour prénom Barrata. Il l'a renommée Juwayriya. II disait qu'il ne voulait pas entendre qu'on dise de lui qu'il vient de quitter Barrata (du birr) c'est-à-dire la piété (Sabiq, 1971).

Dès les débuts de l'islamisation, l'attitude du Prophète a été d'intervenir directement au niveau du choix du ism pour nommer les nouveau-nés et renommer les nouveaux convertis. Il disposait là d'une arme onomastique indéniable. Ainsi, il a changé le nom de trois personnes qui s'appelaient al-As (le rebelle) en les nommant Abdallâh (esclave de Dieu). Il s'agissait de : Abdallâh Ibn Amr Ibn al-As, de Abdallâh Ibn Omar Ibn al­Khattâb, et de Abdallâh Ibn al-Hârith (Ibn Ahmad, s.d.).

Les nouveaux ism ont été choisis par le Prophète et, plus tard, entre les années 13-24 de l'Hégire/634-644 de l'ère chrétienne, par le calife Omar, son second successeur. Le choix du ism doit répondre à deux principes :

- d'abord la structure du nom, le Prophète disait à ce propos : « si vous donnez des noms, que ce soient des ism composés avec abd (esclave, servi­teur [de Dieu]) » (Sublet, 1991).[9]

- ensuite l'aspect purement esthétique. À ce propos, le Prophète disait : « Au Jour de la Résurrection, vous serez appelés par votre nom et celui de vos ancêtres, prenez des noms gracieux » (id.).

Traditionnellement, la cérémonie de l'imposition du prénom à l'enfant passe par deux étapes. À la naissance, on prononce à l'oreille du nouveau-né les paroles de l'adhân (appel à la prière). C'est une sorte d'initiation à la religion, une réception officielle dans l'Islam. Mais c'est aussi une occasion pour que le premier nom entendu par l'enfant soit celui de Dieu. Quelques jours plus tard, on donne à l'enfant son prénom. De nos jours, le prénom peut être choisi bien avant la naissance du bébé.

 

l'onomastique maghrébine :  essai de classification

Prénom masculin et prénom féminin

L'usage de la prénomination maghrébine et arabe en général fait que la différence est généralement assez nette entre le genre masculin et le genre féminin. La frontière entre les sexes est plus ou moins bien gardée par une couverture nette : le prénom. Le prénom masculin a toujours cherché à se différencier de celui féminin par le fait que ce dernier comprend générale­ment la désinence, la terminaison en a, exemples : Châdli / Châdliya, Habîb / Habîba, etc. Cependant, il nous suffit de penser aux prénoms Talha, Usâma, Hamza, etc. qui sont des prénoms d'hommes et qui se terminent en a pour réaliser que ce critère n'est pas toujours valable.

Par ailleurs, nous avons de nos jours de plus en plus de prénoms « unisexe » tels Rajâ qui est aussi bien un prénom féminin que masculin, mais aussi Wi'âm, Sabâh, etc.

Par rapport à l'histoire

- Le patrimoine extérieur à l'Islam

Les prénoms maghrébins attestent de l'existence d'un patrimoine extérieur à l'Islam. On trouve encore des survivances :

  • berbères : Qsîla (de Kusayla),

  • gréco-byzantines, carthaginoises, romaines : Ellyssa (Reine Didon), Hannabal (Hannibal), Skandar / Skandra (de Alexandre), Dalenda.

  • juives, anglaises, russes, iraniennes etc. : Sonia, Linda, Nûrchâne, Shahnâz.

- Le patrimoine pré-islamique

  • Prénoms arabes anciens : Hasan, Ahmad, Asad, Muhammad, Yâzîd, 'Amr, Zubayr, Zaynab.

  • Prénoms bibliques : Ce sont à l'origine des prénoms cités dans la Bible et qui ont été par la suite repris dans le Coran non sans modifications. Ce sont surtout : Ibrâhîm (Abraham), Ishâq (Isaac), Mûsâ (Moïse), 'Isma'îl (Ismaël), 'Isâ (Jésus), Yûsuf (Joseph), Maryam (Marie, unique prénom féminin dans le Coran).

- Le patrimoine religieux arabo-musulman

espace* Les prénoms liés à Dieu, le Coran et la Sunna

Dieu : Il est dit dans le Coran que Dieu a les plus beaux noms : « Les plus beaux noms appartiennent à Dieu. Invoquez-le par ces noms ». [10]

Par ailleurs, tout bon musulman prononce la formule indispensable bismillâh (au Nom de Dieu) avant d'entamer une activité quelconque, le sujet se plaçant ainsi sous son égide et sous sa protection.

Par rapport à cela, nous relevons la fréquence des prénoms composés à valeur mystique : Ces prénoms sont formés : de Abd, vocable de piété signifiant « adorateur », « serviteur » , « esclave » suivi :

  • soit du mot Allah : Abdallâh,

  • soit de l'un des 99 noms divins qui marquent les qualités infinies de Dieu (Gimaret, 1989) : Abd al-Qâdir (serviteur du puissant), Abd al-Magîd (serviteur du glorieux), Abd al-Rahmân (serviteur du miséricordieux), etc.

Le Coran : Des prénoms sont directement puisés des titres de sourates du Coran. C'est le cas pour Imrân (titre de la 3e sourate), An'âm (altéré en In'âm), (6e sourate), Tahâ (20e sourate), Nûr (24e sourate), Yâsîn, titre de la 36e Sourate), Najm (« l'étoile » , 53e sourate), Tarek (86e sourate), Chams (« le soleil » , 91e sourate), Dhuhâ (93e sourate), Quraych (nom de la tribu du prophète, 106e sourate), Kaouthar (« le paradis » , 108e sourate), Nasr (« la victoire » , 110e sourate). Mais nous trouvons également le prénom Âya (verset). Tous ces « choix » (conscients ou inconscients) témoignent du poids de la dimension religieuse dans la sélection des prénoms de nos enfants.

La religion : Des prénoms peuvent être composés du mot dîn (reli­gion) précédé par un substantif, exemple : Nûr al-dîn (la lumière de la religion), Sayf al-dîn (l'épée de la religion), Chams al-dîn (le soleil de la religion), etc. D'autres prénoms relèvent du découpage (calendrier) reli­gieux du temps : ils sont tirés des noms des mois lunaires sacrés de l'Islam essentiellement : Rajab, Cha'bân et Romdhân. L'usage de ces prénoms est encouragé indirectement par un hadith du Prophète selon lequel Rajab est le mois de Dieu, Cha'bân le mois du Prophète et Romdhân (Ramadan) le mois du peuple.[11]

En ce qui concerne les noms des anges, seul celui de Radhwân est conservé par la tradition locale. Les quatre principaux noms des anges (Jibrîl, Mikâ'îl, Isrâfil et 'Azra'îl) sont extrêmement rares. Par contre, on trouve le mot « ange » lui-même en tant que prénom : Malâk et Malak qui signifie également « roi ».

Le Prophète : Les prénoms les plus utilisés sont ceux du Prophète : Muhammad, Bilgâsim (tiré de sa kunya : Abu l-qâsim « père de Kasem ») et Mustafâ (élu), et les équivalents du premier : Mhammid, 'Ahmid, Hmid, Hmîda, Hammâdi, Hammûda, Hamda et Hamdi, prénoms qui renvoient au hamd, c'est-à-dire à la louange et à la gratitude. Mais d'autres prénoms sont également utilisés. Ce sont des prénoms composés de Muhammad suivi par un autre prénom, ex : Muhammad-Hâdi, Muhammad-Sâdiq, Muhammad-Riadh, etc. On note également l'usage du prénom Arbi / Arbia (l'arabe), adjectif du Prophète.

Les Califes : al-Siddiq (le véridique = Abû Bakr ou Bubakr), Omar, Othmân et 'Ali.

Les compagnons du Prophète : (As-sahâba) : Anas, Zubayr, Mu'adh, Bilâl, Khâled, etc.

Les membres de sa famille :

  • son grand-père: Abdel-Mottalib.

  • son père : Abdallah.

  • sa mère génitrice : Amîna, altéré en Amna.

  • sa mère nourricière: Halîma, altéré en Hlîma.

  • ses épouses : surtout Khadîja et 'A'icha, altérés en Khdîja et 'Ouisha, mais également Safiyya et Zaynab.

  • ses enfants : Ad qâsim, 'Ibrâhîm (et selon d'autres sources : At-Taiéb, At-Tâhir et Abdallah tous garçons décédés en bas âge), Zaynib, Ruqayya, Om Kulthûm et Fâtima (altéré en Fatma, Fâfa, Fafâni).

  • ses petits-enfants : Hasan et Husayn.

  • ses oncles: 'Abbas et Hamza.

  • son fils adoptif : Zayd.

 

* Les prénoms liés aux traditions

- Ce sont en premier lieu les prénoms des saints, walis et marabouts : Tijâni, Châdli, Jilâni, Sahbi, des plus importants à valeur mystique aux plus locaux à valeur « terrestre ».

- D'autres prénoms sont donnés en l'honneur de la ville sainte : Makki (de La Mecque), ou de la terre sainte : Tuhâmi (de Tehama, nom d'une tribu de l'Arabie Séoudite), ou encore de quraych (nom de la tribu du Prophète).

- Le patrimoine « naturel » : Les astres : Gamra (lune), Chams (soleil), Nijma (étoile), Zohra (la planète Mars), mais aussi Laylâ (altéré en Leila : nuit), Chihâb (étoile filante), etc. Les pierres précieuses : Jawhir, Jûhir/Jûhrâ (perle), Yaqûta (rubis), etc. Certaines divisions du temps : Jim'a (vendredi), Khmîs (jeudi, 5e enfant, porte-bonheur). La nature : Jnîna (jardin), Kaouther et Ferdaous (paradis).

- Le patrimoine « physique » : Laz'ar, Za'ra (le blond, la blonde).

- Le patrimoine animal : Burni (Faucon, aigle), Ghzâla (gazelle) ou végétal : Tuffâha (pomme), Yasmîn (jasmin), 'Ouarda (rose) et Ourida (petite rose), Zouhayra (petite fleur), etc.

- Le patrimoine « abstrait » : Il s'agit de prénoms à caractère intellectuel et abstrait, exemple : Tawj'iq, Nâjih, Najâh (réussite), Fikrî (« intellectuel »ou « ma pensée » ), Mâhir (intelligent), Nafisa ou Nfisa (précieuse), etc.

 

croyances et pratiques maghrébines relatives aux prénoms

L'imaginaire maghrébin à partir du cas de la Tunisie

La première recherche exhaustive réalisée sur les prénoms tunisiens serait celle de Paul Marty qui date des années 1930. Cet auteur avait pour source le recensement militaire annuel de tous les noms dans toute la Tunisie, source qui fournit 60000 noms complets, c'est-à-dire comprenant 3 générations, une liste on ne peut plus complète pour les hommes (Marty, 1936). Les prénoms des femmes sont collectés à partir de 8 000 recrues tirées au sort parmi les 60000 conscrits recensés. Ces 8 000 personnes retenues fournissent le prénom de leur mère. C'est dire que les autorités et les chercheurs de l'époque détenaient une véritable banque de données en matière de nom et de prénom, données révisées et enrichies annuellement.

Il faut noter qu'il n'y avait pas uniquement la source militaire car Marty s'était basé également sur le courrier, les réclamations, les registres d'état civil, les registres d'inscription des étudiants à la Grande Mosquée de Tunis : la Zeitouna, la chronique judiciaire, la presse, etc. et Marty note que le chercheur dispose donc, dans ce domaine, d'une base de documentation incomparable pour ses investigations personnelles (Marty, 1936, p. 388).

 

La seconde étude importante sur les prénoms tunisiens a été réalisée par Maurice Borrmans dans les années 1960. Ses outils de travail ont été les journaux tunisiens publiant la liste des lauréats au Baccalauréat, au Brevet et au Certificat d'Études de la session de juin 1966. Il a constaté que les prénoms subissent la loi de l'évolution et de la mode, une mode qui dépend du type et du milieu socioculturel : Ainsi, une famille de type traditionnel maintiendra des Muhammad et des 'Ali, des Fatima et des Khadîja dans sa descendance, tandis que la famille qui se veut moderne y multipliera les Sâmi et les Mounîr, les Amâl et les Rawdha. » (Borrmans, 1968). Pendant toutes ces années, la mode portait également sur les prénoms : Habib (Bourguiba) et Abdennaceur (Nasser d'Égypte), Kamâl (Ataturk).

 

Déjà, Paul Marty notait dans son étude la rareté des prénoms de Fâtma et de Khâlid et l'extrême vogue des prénoms de Mansoûr et de Khmîs. Nous constatons que dans les années 1990, c'est l'inverse qui se réalise puisque les premiers prénoms reviennent à la charge. La prénomination répond bien à la règle de la mode. Durant les années 30, ce sont les prénoms des Bey de Tunis ou des Rois d'Égypte qui constituaient les modèles à suivre. C'est notamment le cas pour Farouk (roi d'Égypte) et pour Lamine (El-Amîne) et Moncef, tous deux beys de Tunis.

L'onomastique révèle que les prénoms ont pour le peuple une valeur magique. Le choix d'un prénom dépend d'une superstition, d'une coïncidence, d'un anniversaire, d'un rêve qui provoquent des réactions psychiques importantes. La tradition maghrébine fait que l'enfant est généralement prénommé dans les sept jours qui suivent sa naissance. Cette habitude existe davantage dans les régions rurales que dans les villes. Le prénom est souvent choisi par les parents sinon les grands-parents. Ce prénom est souvent celui des grands-parents.

 

Un usage assez fréquent était de donner à chaque enfant deux prénoms : l'un officiel, administratif; l'autre de contact et de communication sociale. L'enfant ignorait souvent son premier prénom jusqu'à sa rentrée à l'école, pour celui qui y allait. D'autres le découvriront par hasard lorsqu'ils seront adultes.

P. Marty donne à ce niveau un exemple frappant. Ainsi, au recensement de la population de Sousse effectué en 1930 : « sur 4 000 personnes, la moitié n'a pas répondu à son prénom d'état civil que la plupart du temps ils ignorent de très bonne foi et que les parents eux-mêmes ont oublié »(Marty, 1936, p. 377).

Cet usage du dédoublement de prénom était très fréquent et répondait probablement à des raisons mystiques et magiques. Il ne semble pas, à priori, que cet usage entrave la constitution d'une identité unique des individus, puisque chaque prénom cherche un certain équilibre et une entente, l'un avec le monde visible, l'autre avec le monde invisible. C'est dire le poids massif des croyances populaires sur la conduite des individus.

Ainsi, certains prénoms, révélés maléfiques pour une famille à la suite d'une série de catastrophes ou d'une grave maladie, ne seront jamais utilisés, tel par exemple le prénom de Zohra, dans la famille Trabilsi du Sahel tunisien (région de Sousse) qui fut abandonné, dans les années 1930, à la suite des décès successifs de fillettes portant ce prénom (Marty, 1936, p. 372). Dans ce genre de situation, la décision s'impose après la consulta­tion de marabouts et de meddebs.

 

Par ailleurs, nous relevons la fréquence des changements de prénoms. Il arrive souvent, en effet, que le prénom d'un enfant, trouvé peu commode ou reconnu maléfique ou encore ne correspondant pas à la personne, soit abandonné par la famille et substitué par un autre. Les adultes, femmes surtout, changeaient fréquemment de prénoms pour des raisons magiques ou de fantaisie. D'autres fois, les décès successifs des enfants invitent la famille à chercher un prénom-remède préventif. L'enfant qui naîtra aura pour prénom Nâji (sauvé) ou Yahia (il vit) ou encore un des prénoms dérivés de 'Aych (la vie) tel Ya'îch (il vit) ou encore al-Mani' (en arabe littéraire : « l'empêcheur » ; en arabe dialectal : « le sauvé »). D'autre part, quand un enfant est décédé en bas âge, son prénom est souvent donné au bébé suivant et ce pour garder vivant le souvenir du premier et éviter la rupture dans le temps.

 

L'usage fait également qu'on nomme parfois une fille Hadda (limite). C'est généralement la énième fille. Prénommée ainsi, elle est prédestinée à être la dernière de la série, en la chargeant « officiellement » de boucler la génération féminine.

Une autre croyance réside dans le fait que certains prénoms peuvent constituer un présage de bonheur et peuvent exercer une influence favorable sur la destinée des enfants. C'est ce qu'on appelle l'onomancie. Ce sont par exemple les prénoms suivants : Sa'd (bonheur), Barka (don), Khîr (bien), Marzûq (celui qui a reçu les biens terrestres : progéniture, richesse etc.), Rzayyaq (diminutif de rizq : biens).

D'autres prénoms sont la trace d'un esclavage disparu, du temps des mamelouks, c'est le cas de Mabrûk / Mabrûka ; Mbârik / Mbârka ; Mas'ûd / Mas'ûda, etc.

 

Les prénoms des saints et des marabouts sont extrêmement fréquents dans le Maghreb. Chaque région est marquée en fait par ses saints locaux. Ces prénoms sont transmis aux familles fidèles qui les vénèrent. Ainsi, on trouve dans le Cap-Bon tunisien les prénoms de la dynastie des M'âwîn (de Sidi M'âwia Cherîf, altéré en Chârif), à Tunis : Châdhli / Châdhlia, Bilhasan (de Sidi Ibn al-hasan al-Châdhulî), Manûbi / Manûbia (de Lilla Sayyida Manûbia), etc. Sinon, le prénom Abdessalem (de Sidi Abdessalem Ibn Mâchîch, dit « Lasmar » (le brun), maître de la « tarîqa » (école mystique) de la Soulâmiyyâ), est plus répandu en Lybie. Abdlkader (de Abdelkader al Jîlani, maître de la tariqa Qâdria), est plus présent en Algérie (Demmerseman, 1964 ; Gondolphe, 1945, Weyland, 1926).

L'usage maghrébin fait que certains prénoms de la tradition musulmane sont altérés sur le plan phonétique. C'est le cas pour Khadîja (la première épouse du Prophète) qui devient Khdîja ou encore Khaddûja; 'A'icha (la plus jeune femme du Prophète) devient 'Awîcha ou encore 'Aychûcha ; Fâtima (la fille du Prophète) devient Ftîma ou Fattûma. Ces changements constituent souvent un diminutif indiquant l'esprit de familiarité et d'affec­tion entre les personnes.

 

II ne faut pas oublier que l'habitude et la tradition ont fait que la majorité des jumeaux de sexe masculin s'appellent Hasan et Husayn, prénoms des fils de 'Ali, quatrième calife, cousin et gendre du Prophète. Quand il s'agit de jumelles, on les prénomme parfois Safâ et Marwâ (deux collines constituant deux lieux saints de La Mecque).

 

Dans les prénoms maghrébins, on ne trouve guère le nom d' Allâh. Par contre, on assiste de nos jours à l'émergence du nom de la religion musul­mane Islâm qu'on donne généralement comme prénom féminin. C'est peut-être le signe que la distance avec la divinité et la religion est en train de se rétrécir de plus en plus. Car personnifier l'Islam en un individu humain peut être une illustration d'une forme de décadence de la vie sociale et culturelle. C'est ôter la valeur spirituelle de l'Islam et la remplacer par des valeurs plus physiques et charnelles. L'Islam ne risque-t-il pas d'être réduit, de la sorte, à un objet de désir terrestre.

 

psychodynamique du prénom

« Le nom n'est pas comme un manteau qui pend et que l'on peut arracher ou déchirer, mais c'est une veste parfaitement adaptée, ou comme la peau, que l'on ne peut pas gratter et écorcher sans faire du mal à la personne » (Goethe, cité par Tesone, 1988).

 

C'est indéniablement la psychanalyse qui a ouvert la voie à l'étude de la prénomination par rapport à l'inconscient. Wilhelm Stekel s'est penché sur l'étude du nom de famille. Il a été le premier à montrer mais surtout à écrire que le nom de famille « agit souvent de façon contraignante sur celui qui le porte ou bien il sollicite certaines réactions psychiques : opposition, orgueil, honte » (cité par Abraham, 1912).

 

Le nom de famille situe avec clarté le sujet par rapport au nom du Père qui est le pivot de l'articulation phallique. Il situe le sujet par rapport à l'axe de la transmission intergénérationnelle. Et il permet de distinguer les familles les unes par rapport aux autres. Quant au prénom, il humanise l'être nouveau-né et l'individualise au sein de sa famille puis par rapport aux autres. C'est la mère qui formule à l'enfant les éléments représentant son identité, qui « murmure à l'oreille son prénom » (Flavigny, 1987). La mère transmet la culture, les prénoms des autres et l'histoire. Le prénom est l'essence même de la personne. Le prénom c'est la personne (Tesone, 1988). Il reflète la vie de l'individu en le situant dans un réseau complexe de relations familiales, sociales, religieuses et spatio-temporelles. Le prénom se situe par rapport à une combinatoire familiale et sociale. L'acte de nommer permet de faire rentrer l'enfant dans l'ordre des relations humaines, c'est le situer socialement. C'est le classer. « La nomination est une ponctuation de la relation d'objet » (Beddock, 1991). Mais c'est aussi l'inscription de l'enfant dans une histoire symbolique familiale (Levi­Strauss, 1962). Le prénom serait l'illustration parfaite de la continuité ou de la discontinuité transgénérationnelle. Le prénom, disaient les latins, c'est le destin (Beddock, 1991).

 

Le prénom est comme la peau, une enveloppe. C'est un contenant spatial et temporel, un contenant choisi par les autres, pas par l'enfant. Le prénom c'est des lettres jetées sur le corps d'un bébé. Le choix d'un prénom est la réalisation d'un accord inconscient, d'un compromis entre des désirs paternels et maternels, ou entre les lignées paternelle et maternelle. Le prénom est un condensé de plusieurs significations. C'est une sorte de syntaxe fondatrice, de « pré-inscription » réalisée par la famille. C'est un don familial. Le prénom est « le dépôt d'un mythe familial en suspension qui engage l'enfant » (Tesone, 1988). C'est une pré-structure de la personnalité. L'enfant est déjà programmé, en quelque sorte, destiné à être ce prénom, à être cette personne. L'enfant qui porte un prénom est un enfant « chargé de mission » .

Le prénom peut véhiculer le refoulé familial. Freud, lui-même n'a pas échappé à cela. Nous savons que Sigmund Freud avait six enfants : trois garçons et trois filles. Et il semble que le choix des prénoms de ses enfants a été chargé de plusieurs associations affectives. Ce sont des prénoms empruntés à des amis juifs. Mais ce qui est original et pertinent c'est que ce sont des prénoms dont le groupement des initiales rappelle un ancêtre, celui des juifs.

En effet, Mathilde, Martin, Olivier, Sophie, (H) anna et Ernst ont des initiales qui forment le nom de MOSHE, c'est-à-dire, du père fondateur, Moïse. Ainsi en a décidé le mythe familial de Sigmund (Fleur, 1986). N'est-ce pas en quelque sorte essayer de prolonger affectivement et cultu­rellement un certain amour pour une forme modérée de judaïsme dans lequel Sigmund avait été élevé? N'est-ce pas la trace d'une mémoire juive transmise des parents aux enfants ? Nous savons pourtant que lui, qui a décidé de transgresser la loi juive, lui qui a été « infidèle », incroyant, n'a pas pu rester insensible devant le Moïse de Michel-Ange lors de ses passages à Rome. En prénommant ainsi ses propres enfants, n'est-ce pas une manière d'obtenir un compromis psychique, une réconciliation avec l'image paternelle, celle de Moïse ?

D'autre part, les biographes de Sigmund Freud, notamment Ernest Jones (Jones, 1958-1969) nous apprennent qu'il était appelé Sigismund, c'est-à-dire qu'il y avait deux lettres, un « i » et un « s » insérées dans son prénom. Freud va supprimer à 22 ans ce « is » pourtant bien inscrit dans son prénom. Il faut signaler qu'en allemand, « Sig » signifie victoire et « mund » signifie bouche. Sigmund signifierait alors « victoire de la bouche » . C'est en effet, par la bouche que fut développé l'acte analytique mais curieusement, c'est également dans cette bouche que va apparaître son cancer. Tout se passe comme si les deux lettres éliminées dans le prénom de Freud allaient réapparaître dans le corps de Freud lui-même. Ces deux petites lettres semblent avoir sur le plan inconscient une importance extraordinaire. Ce « is » , c'est peut-être le Is d'Israel, autre nom de son père Jacob (Fleur, 1986). Le cancer de Freud signifierait peut-être qu'il ne faut pas toucher au prénom sinon on risque d'abîmer le corps (Beddock, 1991).

 

classification psychodynamique (sémantique) des prénoms

Prenons quelques exemples de prénoms arabes tels : Hirmân (frustration), 'Itâb (réprimande), Wa'd (promesse), Haykil (squelette! mais aussi autel, sanctuaire), Sarîr (« sourire » mais aussi « lit » ), Nidhâl (lutte), Sumûd (résistance), 'Afâf (chasteté), Sâlha (valable), etc. Il est clair qu'ils véhiculent une sémantique, la plupart du temps inconsciente, évidente.

Les prénoms tunisiens et arabes en général peuvent être classés selon plusieurs axes inconscients. Ainsi, il y aurait des prénoms qui se situent par rapport à :

  • l'axe temporel, la durée, la continuité, le passé, le futur, l'espoir et la vie. Ce sont par exemple Omar, Omur, 'Ammâr, Khulûd, Fraj, Hayât,

  • L'axe de la santé: Slîm, Selim, Salmâ, Sâlma, (sain/saine),

  • La propreté (physique ou spirituelle) : Tâhir, 'Afâf (propre, chaste, vierge),

  • Le conflit : 'Intisâr (triomphe), Nidhâl (lutte), Sayf (épée), Mundhir (Avertisseur), Sumûd (résistance), Borhâne (preuve),

  • Sagesse et raison : Rashîd, Rashîda, Hakîm (sages), Mâhir (intelli­gent), Adel (le juste), mais aussi Mehdi,

  • L'axe de la morale : Dhamîr (conscience morale), Som'a (réputation mais aussi < minaret »),

  • L'axe symbolique : Sâmi (sublîme), Ramzî (arabe littéraire « symbolique », arabe parlé : « mon symbole » ), Riadh (arabe littéraire pluriel de Raoudha «jardin » , arabe parlé : « calme »), Hédi / Hédia (calme), Sadok (celui qui dit la vérité), Mokhtar (arabe littéraire : « l'élu » , sens implicite en arabe parlé : « la tête ailleurs » ), Mongi (sauveur), Moncef (le juste), Moslih (correcteur / réparateur).

D'autres prénoms sont plus rares, exemple : Gharîb (étranger), Alâ­uddîn (Aladin).

* Des prénoms de tendresse, de beauté et de relations amoureuses :

Jamîla (belle), Fâtin (très belle), Hasnâ (très belle), Sahar (ensorcellement), Dalîla, Dalâl (caprice), Nûr, Munîra (illumination), Sahrazâd, Zubayda, (personnages des mille et une nuits), Nâhid (en rapport avec le soupir, mais aussi avec les seins). 'Ashwâq (manques et envies), Habib, Habiba, Mahbûba (en rapport direct avec l'amour; respectivement : l'aimé et l'aimée), Zohra (fleur), Nâdia (celle qui appelle), Hûrya (nymphe), mais aussi « humide » qui manque de rayons de soleil, Surûr (joie), Sârra (joyeuse), Hâjer (celle qui quitte), Rawiya, (désaltérée), Nâdra (rare), Yûsuf (Joseph le beau), Znikha (de Zulaykha, l'épouse de Putiphar, arché­type de la séduction féminine), Rym, (gazelle), Sâlha (valable!), Chafik (celui qui a le cœur tendre), Said / Saida (heureux, heureuse).

 

Voilà quelques axes d'étude des prénoms. Le choix d'un prénom doit respecter certaines normes culturelles. D'un point de vue prophylactique, on devrait mieux contrôler cet aspect au niveau des services d'état civil pour mettre fin aux noms mais aussi prénoms aux connotations péjoratives et réduire les dégâts du poids sémantique de ces prénoms sur les individus.

 

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notes des renvois numérotés

 

 [4] . Cf. à titre illustratif, le texte Quand le totem n'est plus tabou dans le présent ouvrage. (C'est à dire : Psychopathologie transculturelle de l'enfant et de l'adolescent, sous titré Cliniques maghrébines, Éditions In Press, 2003)

 [5] . [ innî gâilun fil 'ardhi khalîfa ] (Coran, II, La Vache, 29).

 [6] . [ Allama 'adama al-'asma'a kullaha ] (Coran, 11, La Vache, 30).

 [7] . [ kullû mawlûdin rahînatun bi-'aqîqatihi tudhbahu 'anhu yawma sâbi'ihi wa yuhlaqu wa yusamma ]

 [8] . [ min haqqil-waladi ala wâlidihi an yuhsina ismahu wa yuhsina mawdi'ahu wa yuhsina adabahu ]

 [9] . [ idhâ sammaytum fa-'abbidû ]

 [10] [ wa lillahî al-'asma'u al-husnâ fad'ûhu bihâ ] (Coran, VII, al-'a'râf, 179).

 [11] [ Chahru rajab chahrullâh wa chahru cha'bân chahrî wa chahru ramadhân chahru ummatî ]

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© Association Géza Róheim - Fermi Patrick - 17 septembre 1998