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la consultation transculturelle de la famille

alfredo Ancora



Consultation transculturelle de la famille par Alfredo AncoraPrésentation par Patrick Fermi

Dans l'avant-propos de ce livre, traduit de l'italien par Elise Gruau, Paul Martino loue les qualités personnelles d'Alfredo Ancora et bien entendu son travail : « on ne peut que le féliciter pour sa persévérance à vouloir faire entendre le sens et la portée d’une approche trop souvent considérée comme trop complexe ». Et Paul Martino sait de quoi il parle : psychiatre à l'hôpital de Fann à Dakar, il a participé au côté de Henri Collomb à cette expérience exemplaire associant "psy.", anthropologues et tradipraticiens. Or, dans cet ouvrage Alfredo Ancora voyage aux frontières de la cure, sous-titre de ce livre mêlant habilement références théoriques, cas cliniques, rencontres avec des guérisseurs - de l'Ouganda à la Sibérie, sans oublier l'Italie et un docteur des tarentules. Le Dr Ancora montre une grande culture que manifestement une curiosité insatiable enrichit au quotidien. Il n'est donc guère étonnant que l'image d'un zibaldone - Ancora évoque celui du poète Leopardi - s'associe à sa manière de penser et de réfléchir. Mais on ne risque pas de s'y perdre car il s'agit avant tout d'un zibaldone qui se limite au transculturel : psychothérapie, anthropologie, expériences personnelles de voyages, philosophie, cultures du monde etc. Cet ouvrage est agréable à lire et l'on accompagne aisément Ancora dans ses recherches et dans ses analyses. Cependant ma propre sensibilité m'entraîne parfois à prendre quelques distances. D'abord, je ne partage pas son enthousiasme pour les guérisseurs dits traditionnels dont les descriptions me semblent un peu dithyrambiques. Je n'adhère pas non plus au souci d'une dimension spirituelle à la manière de Jung ou de Mircea Eliade, auteurs pour lesquels Alfredo Ancora paraît avoir quelque sympathie. Quand on est cramponné comme moi à la psychanalyse de Freud - la plus classique car je ne comprends presque plus rien à celle(s) d'aujourd'hui - on a un peu de peine à suivre Ancola dans les sentiers escarpés d'autres références théoriques.

Mais, ces remarques n'ont en réalité aucune importance sur le plan clinique car je crois que les qualités propres du soignant sont les véritables opérateurs de la thérapie. Et là, il est facile de s'identifier à un patient d'Alfredo Ancora car ses connaissances et surtout son style d'homme montrent qu'il serait attentif et prendrait soin de nos émotions, de nos idées et des particularités de notre culture. Il y a du plaisir à lire La consultation transculturelle de la famille , on y respire bien, et peut-être "y-a-t-il aussi là-dedans" quelque particularité de cette pensée italienne que l'on ressent à la lecture d'Ernesto de Martino ou, pour citer quelqu'un qui comme Ancora suit les traces de la transe du Frioul à la Mongolie, je pense ici à l'historien Carlo Ginzburg. Cette petite présentation néglige malheureusement des parties essentielles de ce livre, notamment les réflexions d'Alfredo Ancola sur la place du Centre de santé mentale et surtout la richesse et la pertinence des cas cliniques qui illustrent ce livre.


Quatrième de couverture

Alfredo Ancora, psychiatre et psychothérapeute familial, est professeur de psychiatrie transculturelle auprès de l’université de Sienne. Il coordonne le Centre de consultation familial et transculturel du Département de santé mentale de Rome (secteur B). Il est parmi les membres fondateurs de la Scuola di Psicoterapia Transculturale de la Fondation Cecchini Pace de Milan. Il a conduit des travaux de recherche en Italie et dans divers pays. Parmi ses publications : La dimensione transculturale della psicopatologia – uno sguardo da vicino (Edizioni Universitarie Romane, Roma, 1997) et I costruttori di trappole del vento (Franco Angeli, Milano, 2006). Il est directeur scientifique adjoint de la revue Passaggi – Rivista Italiana di Scienze Transculturali.

La consultation transculturelle de la famille

Ce texte nous propose un parcours à travers les attitudes mentales propres à sa culture et aux « autres » cultures. Le lointain objet de la recherche d’antan est parmi nous. Il est devenu sujet, avec ses problèmes, ses coutumes, ses conceptions de la maladie et du traitement. Processus migratoires, réunion des familles, couples mixtes, pathologies de la transition ou syndromes dus au déracinement sont désormais des réalités quotidiennes dans nos hôpitaux et nos services territoriaux. Que faire, alors, de plus que le relevé de données statistiques ou de prévisions épidémiologiques? Est-il suffisant d’appliquer les habituels paradigmes systémiques quand l’on intervient sur des situations, non seulement familiales, où les éléments culturels, sociaux et cliniques se contaminent entre eux ? Le psychologue, le psychothérapeute, le psychiatre, l’assistant social et l’infirmier s’imprègnent d’un rôle nouveau : celui d’ « opérateur de frontière », partagé entre d’un côté les grilles méthodologiques et professionnelles établies, et de l’autre les réalités multiples et les différents niveaux où il est nécessaire de s’immerger. Nécessité donc non pas de nouvelles techniques plus raffinées mais d’une pensée et d’une intervention moins rigide, flexible, « nomade », prête à accueillir, vu le « nouveau qui avance », les instances culturelles, les échanges, les transformations.

Gregory Bateson avait indiqué une direction, et non pas un enclos, lors de ses premières recherches anthropologiques en Papouasie Nouvelle-Guinée, en conjuguant toujours les données sur l’objet d’étude à « l’esprit » de celui qui observe, ses idées et son attitude. Aujourd’hui, sa leçon est encore intacte et vive, au moment même où le débat scientifique semble s’attarder toujours plus dans des dérives objectives et planétaires, avec la présomption d’étouffer différences et diversités au nom d’une pensée unique.



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© Association Géza Róheim - Fermi Patrick - 17 septembre 1998.space02/03/12