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Statut de l’alcool dans l'imaginaire social de musulmans

Quelques jalons [1]

Fouad Rhouma

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grille.gif (47 octets)Introduction

grille.gif (47 octets)Du Coran au Hadith puis au croyant

grille.gif (47 octets)Les prescriptions coraniques
grille.gif (47 octets)Les prohibitions prophétiques de l’alcool
grille.gif (47 octets)Controverse doctrinale
grille.gif (47 octets)La littérature bachique

grille.gif (47 octets)Inobservance, soumission et muslimûn ?

grille.gif (47 octets)Maroc : « Verses … et controverses !  »
grille.gif (47 octets)Éthique d’un marché éthylique : ambiguïtés institutionnelles
grille.gif (47 octets)Conséquences socio-économiques

grille.gif (47 octets)Annexes
grille.gif (47 octets)Annexe  A.  :  Cinq extraits coraniques relatifs à l’alcool et aux interdits alimentaires
grille.gif (47 octets)Annexe  B.  :   A propos de ce qui est licite / illicite
grille.gif (47 octets)Annexe  C.  :   Liminaire

grille.gif (47 octets)Bibliographie sélective

Notes
De substantielles notes accompagnent le texte, et qu’il est recommandé de suivre une à une pendant la lecture.

Vos réactions à cette étude

 

 

 
Toute utilisation de ces textes est soumise à l'approbation de Fouad Rhouma. Merci.
Les écrits suivants n'engagent que la responsabilité de leur auteur.
[ malheureusement, on nous a signalé le caractère erronée du mail de Fouad Rhouma ]

 

Introduction

L’Islam interdit-il le vin ? Question sempiternelle à laquelle plus d’un ‘musulman’ a été confronté. Qui, d’Allah, du prophète et autre alim et fqih (gestionnaire du religieux), dit quoi ? Et comment comprendre et interpréter leurs dires ? C’est à quoi/pourquoi, je me suis récemment attelé afin de fournir une réflexion, un peu plus élaborée qu’à l’accoutumée [2], en ayant conscience qu’il s’agit d’un sujet socio-symbolique sensible et complexe, partout et particulièrement au sein de ma société d'origine, le Maroc dont je me réfèrerai pour illustrer mes propos.

Un sujet sensible, d'abord, parce que dans l'imaginaire social des marocains musulmans, le statut de l'alcool est ambigu, et qu'il n'y a pas d'unanimité programmatique et/ou observée, à propos de la définition et l’application, normatives et religieuses, quant à la consommation et de la commercialisation des boissons alcoolisées, et de leur 'illicéité'.

Une lecture anthropologique du vécu collectif sera tentée pour restituer :

  • une représentation d’un ‘profil d’illicéité du vin’ comme fortement intériorisé dans l'imaginaire social englobant,

  • mais aussi l’existence de catégories discursives composites et discordantes, en l’affirmation par certains, surtout parmi ceux qui légifèrent [3], consomment et/ou commercialisent les boissons alcoolisées, qui ne peuvent s'empêcher, tout en demandant pardon à Dieu (!), de prétendre que ce dernier n'a point interdit le vin. Il a plutôt assuré prospérité à ceux qui l'éviteraient, et d'ajouter que dans le texte coranique, à aucun moment, la charge formelle de l'interdiction ne repose sur le vin.

  • Quant aux contradicteurs de cette interprétation, ils se reportent, par un effort plus exégétique (Tafsir, ijtihad) pour mieux signifier une négativité religieuse de l'alcool, sanctionnée d’une part, dans le Coran comme  une ‘souillure’, du corps et de l’âme, une ‘abomination’ - ‘l’œuvre de Satan’- qui oblitèrerait la raison individuelle et partant fissurerait le lien social , et d’autre part par le prophète, qui l’a lourdement frappé d’interdit comme « la mère de tous les vices ».

Une autre ambiguïté majeure est caractérisée par le fait que la consommation et la commercialisation des alcools sont paradoxalement autorisées [4] au Maroc, avec leur corolaires, l'alcoolisme qui devient de plus en plus pandémique. Une situation inconfortable pour une société qui se veut fondamentalement musulmane, du moins pour ceux qui se sentent investis d'une mission   de la représenter, voire défendant une certaine authenticité (açala) maroco-islamique.

Cette réalité et ces débats contradictoires ne sont pas spécifiques au seul Maroc, ils sont omniprésents dans plusieurs configurations spatiotemporelles du monde musulman [5], voire ailleurs, comme par exemple ici en Europe où des représentations relatives à la religion et à l’identité culturelle du ‘musulman’, et à son rapport avec le vin, conjuguées à d’autres ‘orientalicismes' fantasmagoriques, sont plus récurrents dans des discours simples ou complexes, traitant de l'altérité arabo-islamique. Et justement, à propos de ces différentes représentations discursives de l'islam, il en ressort une configuration rigide d'un islam identique partout, universel et atemporel. Aussi, en réaction à cette rigidité et cette homogénéisation abusive pratiquée ici et ailleurs, j'aimerais m'en distancer, en un bref liminaire [6], en proposant une perspective analytique d'un islam pluriel et différencié.

De cette diversité quant à la participation du référentiel islamique dans le vécu collectif, qu'en est-il des prescriptions musulmanes et du contrôle social, relatifs à la consommation et la commercialisation des boissons alcoolisées, ici et là ?


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Bibliographie sélective

Le Coran

- Al-Qur’an al-Karim, 1983, Al-Madina, Arabie Saudite, Ed. Complexe du Roi Fahd pour l'impression du Coran. (1983/1407 H)
Édition première :
Chronologie de l'Énonciation de la révélation par Mohamed : 612-632 (La Mecque - Médine)
première fixation de la révélation en tant que Livre et texte unique, fut opérée entre 644 et 656 (Jc) sous le troisième khalife, ‘Utman. Considéré depuis lors comme seul texte recevable.

Arkoun Mohamed, 1982, Lectures du Coran. Paris, Ed. Maisonneuve et Larose.

Battoum Hassan, 1986, Alcoolisme et dépression. Réévaluation du concept de la dépression masquée. thèse Dr. En Médecine, Uni Hassan II, Fac. Médecine et Pharmacie,  79 p. + Bibliogr.

Berque  Jacques, 1990, Le Coran. Essai de traduction de l'arabe, annoté et suivi d'une Étude exégétique. - Paris, Ed. Sindbad,840 p.

Bousserouel Hebri Dr. 1997, Ce que disent l’Islam et la Science sur le Tabac et l’Alcool. - Paris, Ed. Universel, 206 p.

Dermenghem Émile, 1980, L'Éloge du vin (Al Khamriya) poème mystique de `Omar ibn al-Faridh. - Paris, Ed. Véga.

Encyclopédie de l’Islam, Paris, Ed. Maisonneuve & Larose, (Nouvelle Édition), 1978, voir particulièrement :

BENCHEIKH  J. E., ‘Khamriyya’ (pp. 1030-1041)
SADAN J. et WENNSINK A. J., ‘Khamr’ (pp. 1027-1030)

Al Qardaoui Yussuf, 1989, Le licite et l’illicite en Islam.  -  Kuwait, Ed. Al Faisal Press, coll.I.I.F.S.O., 173 p. (5e Ed. 1989 [1960, en arabe] ) 

Kasimirski, 1970, Le Coran. Traduit de l'arabe par Kasimirski, Chronologie et préface par Mohammed ARKOUN. - Paris, Ed. Garnier-Flammarion, 511 p.

Zeroual Lahsen, 1985, Le commerce des boissons alcoolisées au Maroc. thèse DES en Droit, Uni. Mohamed V, Fac. S. J. E. S., Rabat , 245 pages (Dir. M. Jalal Essaid)

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Notes

[1] Texte – réaménagé - d’une conférence donnée à l'ARIA-GREAT (Groupement Romand d’Études sur l’Alcoolisme et les Toxicomanies, à Yverdon, CH), puis à l’occasion des Journées «Maghreb et Monde Arabe», organisées par l’Association ‘APPARTENANCES’, les 12-13 mai 97, à Lausanne, CH.  La présente réflexion, encore en cours, est à prendre comme une première tentative originale et périphérique par rapport à mes travaux de recherche actuels, une anthropologie du Maroc maritime. Quand bien même s’agit-il ici et là d’affaires d’eaux et d’enivrements !

[2] Chez certains coreligionnaires, parfois des intellectuels, en situation défensive, passionnelle ou simplement décentrée, il est à déplorer quelques confusions entre le Coran, énoncé divin et le Hadith, énonciation prophétique. Aussi le présent travail, puise-t-il favoriser quelques éclaircissements, et participer à l’évitement de quelques dissipations, sources de fâcheuses et de rudes diatribes.

[3] Il n'est pas rare qu'un notable 'organique', un parlementaire, des 'représentants du peuple' dit-on, soient aussi des exploitants de débits de boissons alcoolisées (en Gros, Demi-Gros et Restaurants-Bars). Pour ne citer qu’un exemple fort médiatisé en 1996 au Maroc, un député de 'droite' a été incarcéré, non pas pour vente - en Gros - d’alcools, mais d’alcools, des bières d’importation, dont la consommation met en danger la santé publique, pour cause de date périmée !

[4] Dans bon nombre de quotidiens et de périodiques marocains, dirigés par des marocains et destinés à des marocains, des musulmans, la publicité des alcools est omniprésente. Sacerdoce et négoce, un ménage de raison difficile mais légal, et pourtant ‘illicite’ du point de vue prophétique, dans sa tendance malékite.

[5] En Tunisie malékite, un vin grand cru ( le Noble de Mornag) n'est-il pas primé – médaille d’or - et décoré par le gouvernement... musulman !.

[6] Vu la charge formelle et la portée épistémologique de cette distanciation théorique, et pour alléger la partie introductive de ce texte j’ai opté pour la mise en place de ce liminaire en annexe, voir annexe C.

 

 

 

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